La rencontre

Publié le par Lghotti Nekmouche

    Lors d’une randonnée au djurdjura, un singe à la barbe blanche, au pas mal assuré se dirigea vers notre groupe en gesticulant des bras. Sans crainte, il s’approche de nous, nous renifle chacun son tour pour enfin s’arretter devant Mohamed. Il le regarde, lui prend la main et s’exclame "mon ami, tu es enfin revenu". Aussi surpris que nous tous, Mohamed s’accroupit, inspecte à son tour ce singe qui semble bien le connaitre et s’exclame à son tour "Dda Hemou, quel bonheur"! 

    Ils s’enlacent et restent ainsi longtemps, sans prononcer un mot. Connaissant l’histoire de Dda Hemou, nous nous éloignons, laissons les deux amis à leur émotion. La surprise passée, nous nous asseyons en demi cercle face aux deux amis, Mohamed nous présente chacun par son prénoms et dit, ce sont mes amis, tes amis aussi, des amis de la montagne. Du temps a passé depuis notre rencontre à Tikjda, c’est vrai, avec l’âge je fréquente moins la montagne, elle est belle et aussi accueillante qu’à l’époque, je l’aime toujours. Mes nouveaux amis, que tu vois là m’ont un peu forcé la main pour revenir, je ne regrette rien, c’est un bonheur de te retrouver. Tu me parais pensif et désabusé, est ce ton grand âge qui te joue des tours ?

    -C’est beaucoup de choses à la fois, réplique Dda Hemou,

   -mon âge, la maladie et la vie à la montagne. Toi aussi tu as changé, le peu de cheveux qui te restent ont blanchi et tu ne fûmes plus la pipe, j’aimais l’odeur de ton tabac. En ce qui me concerne, depuis mon retour d’Alsace, après ce que j’ai vu, le Djurdjura me semble être un territoire abandonné et les gens qui le visitent n’ont de respect ni pour la faune, ni pour la flore. Je suis triste. Mon ami Cornélius m’a fait visiter Paris, quelle belle ville. Les champs Ellysés, Notre Dame de Paris, Montmartre, le métro et j’en passe... ça fait tourner la tete. Et la tour Eiffel, je l’aurai escaladé tout en faisant des pirouettes si Cornélius ne m’avait retenu, la France, un beau pays, la montagne des singes en Alsace, un paradis. Ici, au Djurdjura, ma vie a bien changé, mon fils Lamara, un gaillard qui terrorise tout le monde, m’a évincé de la chéferie du clan, avec ses amis, aussi écervelés les uns que les autres, ils vont finir le travail des villageois, exterminer notre communauté. Je passe pour un fou et un illuminé lorsque j’essaye de leur raconter ce que j’ai vu dans le pays de Cornélius. Ajouté à cela le décès de ma compagne, je me retrouve seul, voilà mon ami pourquoi tu me trouves pensif et désabusé. Je suis triste.

    Emus par cette histoire, nous promettons à notre ami de venir plus souvent et d’agir pour la sauvegarde des singes magots du Djurdjura. Quelques semaines après cette rencontre, nous apprenons par des bergers le décès de Dda Hemou.

    J’espère que cette histoire plaira à nos enfants et aux plus grands dont l’esprit a peu vieilli !

La rencontre

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