Les chemins de kabylie

Publié le par Lghotti Nekmouche

Les chemins de kabylie
At Yanni, At Iraten, des chemins sinueux, qui montent, qui descendent, qu’importe, ce sont des chemins d’une adolescence insouciante, des chemins du bonheur. Aujourd ‘hui, l’âge faisant, pour paraphraser Mouloud Ferraoun, ce sont « des chemins qui montent ». C’est avec une excitation particulière et un plaisir renouvelé que je vais les emprunter de nouveau.
 
Sept heures trente, relativement tôt pour un mois de décembre, le soleil n’est pas encore levé, seules les couleurs rougeoyantes de l’aurore éclaircissent l’horizon annonçant une journée ensoleillée. C’est le départ, nous traversons Sidi Velqacem et Vava Hamza, que la baraka de ces lieux nous accompagne. Amalou, Thimzerine, Amdhoun Ath Qaidh, Thirakniouine Ivazizene défilent. Le versant des Ath Iraten avec ses superbes Izra Ath Slimane nous fait miroir, nous mesurons le chemin qui reste à parcourir. Verekmouche, nous y sommes, le pont , Thakhamth, Assas n Tekhamth, j’allume une bougie, je me désaltère. Peu d’eau dans la rivière pour la période. Nous entamons la montée des Ath Iraten. N’y a-t-il pas un adage qui dit « quelque soit l’itinéraire choisi, c’est par les chemins qui montent qu’on y arrive » ( Ath Iraten ansi sen tekedh da ssawwen ). Le soleil est généreux, le chemin est sinueux et la pente raide. Notre allure est lente, ponctuée de nombreuses haltes nous permettant de découvrir le versant des Ath Yani d’où s’élèvent des fumées par endroits signifiant que la récolte des olives a commencé tôt le matin. Le soleil est haut, le temps se réchauffe, le chemin monte toujours. De virages en virages, la cote est de plus en plus raide et notre allure de plus en plus lente. Patiemment, nous relevons le défit de cette pente belliqueuse pour enfin atteindre Taourirt Amokrane, premier village de nos hôtes. Nous traversons la rue principale en vainqueurs, nous saluons les gens sur notre passage. Comme des « hourras » ,pour nous encourager, les gens nous disent « Larva » (comprendre la ville de Fort National ) n’est pas loin et la route est meilleure . Effectivement, très vite, nous apercevons le mur d’enceinte de la ville, impérial (comme Fort Napoléon ), toujours debout, protecteur de la cité pendant la guerre de libération et vestige historique de nos jours. Elle est bientôt treize heures ; notre ami Omar Kerdja vient à notre rencontre et nous dirige vers les hauteurs de la ville, d’où nous dominons la route qui mène vers Michelet et les villages la surplombant. Un bref cours d’histoire sur la bataille de 1857, pratiquement, la prise de la kabylie, nous est distillé par Omar l’érudit . La pause déjeuner terminée, c’est par fourgon que nous rejoignons Voukrama, la rivière des Ath Freh avec sa légendaire « thamda Ath Freh » et surtout le terrain vague, transformé en terrain de foot par toute une jeunesse de la région. Que de parties de ballon acharnées voire viriles n’ont pas eu lieu sur ce terrain vague, beaucoup de nostalgie.
 
Les chemins qui montent nous attendent de nouveau, encore un dernier effort. Vadha dans toute la splendeur de ses oliveraies nous accueille. De part et d’autre de la route, des champs d’ oliviers souvent à l’abandon accompagnent notre lente progression. Nous croisons des gens, des visages connus, nous sommes dans le territoire des Ath Yani. C’est la période de la cueillette des olives qui peut durer un à deux mois selon l’importance de l’oliveraie et c’est une fête renouvelée chaque matin pendant toute cette période. On arrive enfin, Akviche, la claire fontaine à l’eau légère nous désaltère. Je remplie une bouteille d’eau pour le café du matin, il ne sera que meilleur.
 
Nous avons marché près de dix heures et parcouru trente trois kilomètres
Lghotti Nekmouche

Publié dans L.Nekmouche, Randonnées

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