Les gloires de l'ignorance

Publié le par Med Tabeche

Article de : Aissa Adjoudj, publiéle 30 mai 2012 dans mon blog "La voix du Djurdjura" , NouvelObs, plate-forme supprimée ce jour le 24 05 2017, par ce dernier !

Je publie ici un extrait d’une réflexion à propos des comportements de suffisance que nous observons quotidiennement mais dont on ne semble pas mesurer les conséquences et la gravité.

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A l'heure convenue, mes compatriotes y vont, la démarche altière et l'allure soutenue, honorer leur dette envers Dieu. Mais c'est les vendredis que la cérémonie prend la mise d'un rite solennel et sacré. Dans la frénésie de ce jour, des bambins incités par le souci de leur port et l'imitation de leurs aînés sont pris d'une ardeur singulière. En gandoura, coiffe et mules immaculées, les voila dans leur gaucherie faire des adultes avant l'heure. Aux regards pathétiques des ignares et des incultes faits pour la circonstance, s'ajoutent des louanges et des témoignages de suffisance dévastateurs. Je me demande si ces enfants arrachés à leurs jeux et à l'assouvissement de leurs caprices et enfermés dans la cage des interdits seront un jour ces adolescents pleins de rêves et d'aspirations d'utilité à soi et à la société. Je doute bien fort de voir ces hommes de demain découvrir par eux-mêmes l'omniscience du Créateur et Son omniprésence lorsque leur dieu est enfermé entre quatre murs et un toit fut-il agrémenté de coupoles et de minarets très hauts. J'estime que la conviction pleine et entière ne peut provenir que des secrets élucidés par soi-même et non interprétés et servis par les autres. Observer et méditer sont deux fonctions atrophiées par les canons de la perversion et de l'ignorance.

Je me demande si ces enfants se transporteront-ils un jour à leur origine d’avant l’humanité lorsque, du magma incandescent, les particules qui nous constituent s’envolaient vers les cieux et roulaient vers les océans ? Ces enfants qui exècrent le sanglier non pour ses nuisances mais pour sa nature, accepteront-ils d’admettre un jour que la matière qui les constitue a formé avant eux, et le sanglier et le crapaud ?

Je vois plutôt cet enfant, imbu de son savoir et déjà convaincu de sa mission, aller droit vers sa petite sœur – premier terrain d’application de ses leçons – non pour lui témoigner son affection, mais pour régenter sa conscience et ses comportements de créature de second ordre.

Cet enfant dans sa pleine innocence s’endormira ce soir en s’efforçant de ne pas rêver par peur d’empiéter sur des prairies interdites. Il se refusera de se transporter au centre de la terre et sur les étoiles pour se contenter de mieux circonscrire les frontières de ses interdits. Et c’est à la découverte fatale des vérités notoires et des évidences qui s’imposeront malgré tout, qu’il déplacera ces frontières à la seule convenance de ses croyances et des contraintes du moment mais bien loin des soucis et des intérêts de son époque et de ses contemporains. Les positions d’intransigeance et de violence dont il se servira ne devraient pas étonner ou même donner lieu à questionnements.

Et cette petite fille qui rêve de voir sa chevelure voler au vent, de sentir les caresses des hautes herbes fouetter ses mollets, sera-t-elle cette femme en tous points accomplie qui saura affronter par elle-même et par ses propres moyens, les défis que le temps futur lui imposera ? Cette femme dont le cœur ne sera qu’un écrin vide dans lequel ni l’enfance ni l’adolescence n’auront caché ni secrets ni complicités saura-t’elle repousser éternellement les penchants de son corps et de son esprit ? Je suis convaincu qu’à défaut d’être les écrins de nos joyaux, nos cœurs ne seront que des emballages quelconques ouverts aux poussières de tous les vents.

Cette jeune personne dans la plénitude de son corps et de sa beauté et qui ne retient de l’amitié que le souvenir d’un frisson ressenti il y’a bien longtemps ne saura jamais traduire le sens d’une poignée de main à la mesure de la pression et de la chaleur reçues par ses doigts. Son regard sera tout aussi corrompu non pas par le voile léger de la pudeur mais par le bourdonnement fracassant de ses passions et de ses désirs longtemps refoulés.

Placé précocement dans le monde des adultes, cet enfant sera privé des sensations procurées simultanément par l’éclosion des besoins physiologiques de son âge et les questionnements propres à assouvir les interrogations enfantées par ses curiosités. Sa personnalité sera façonnée par référence à des modèles abstraits et inadaptés tandis que les aspirations qui en découleront revêtiront les caractères de l’utopie pour finir invariablement dans les réalités de la frustration.

Le musulman d’aujourd’hui se fait le dépositaire et le gardien de la loi divine mais se refuse à toute émancipation de son esprit critique et de ses capacités d’analyse. Souvent mis au devant de la scène par le procédé douteux des uniques apparences, il sème avec bonne foi dans son entourage les gènes d’une décadence dont il ne mesure ni le comment ni le pourquoi. Fonctionnaire au statut usurpé, le préposé à l’enseignement des préceptes de la religion n’a que le choix de retransmettre des discours élaborés pour les besoins des stratégies d’intérêts de ses maîtres et employeurs ou celui de redire des harangues désuètes pour avoir été trop répétées.

La mission de l’Humanité ne serait-elle pas de créer le paradis aux lieu et place de l’enfer de nos ignorances ? Notre confort intellectuel et matériel ne réside-t-il pas dans notre connaissance mutuelle pour nous accepter et nous compléter ? Codifier, classer et sérier les fautes constituent de nos jours, des spécialités auxquelles d’immenses moyens sont consacrés. Est-ce là la véritable mission qui mènerait l’homme et l’humanité vers le confort et la sérénité du Paradis ? Doit-on vivre l’enfer et les bas-fonds obscurs pour mériter et apprécier un paradis devenu chimérique non à force d’être rêvé mais pour continuer à être mal perçu ?

Le paradis ne peut exister en dehors de ce monde et de cette humanité faite de tous les êtres que la terre aura porté tout au long de son existence. Il ne sera que l’œuvre de l’homme guidé par le savoir acquis à travers la compréhension des phénomènes, des évènements et des secrets de la nature prise et acceptée comme œuvre de la Suprême Intelligence.

Les livres saints ont été transmis pour que l’homme médite sur son existence et atteigne par les voies de son esprit et de son labeur, les cimes qui élargiront ses vues en éloignant encore et toujours les horizons de ses interrogations et de ses ignorances. J’imagine quel serait le résultat d’un effort de réflexion et de pensée dans la communion de tous les hommes guidés par une même lueur. D’une telle oraison, ces hommes feront des moissons autrement plus bénéfiques que de se constituer les esclaves d’une force dont l’essence ne peut être qu’au dessus des idées de servitude et d’allégeance. Le Savoir Absolu n’a pas besoin de servants. Autrement, il cesserait d’être une exclusivité divine pour tomber très bas, à la hauteur des hommes.

J’imagine également cette communauté des hommes agissant loin des considérations et des hantises de leur tombe et de ses supplices pour consacrer son effort et ses énergies au bien-être de ses membres préalablement instruits de leur essence véritable d’êtres dotés des attributs particuliers de l’Intelligence. Cette connaissance de nous-mêmes nous libérera de nos instincts bestiaux pour faire de tous nos actes, des choix mesurés par référence aux déterminants de la sagesse et du discernement. Lorsque l’Humanité aura acquis les ingrédients qui l’affranchiront totalement des instincts qui cesseront de faire de l’homme un loup pour l’homme, la terre entière sera transformée en Paradis.

Et c’est là précisément que nous devons être interpellés sur notre compréhension et notre interprétation de nos devoirs envers Dieu et envers nous-mêmes. Notre pratique de la prière a été tellement canonisée que toute tentative de redéfinition ne peut être recevable qu’en acte blasphématoire vouant son auteur aux gémonies et aux feux de l’enfer. Dépouillée de son sens profond jusqu’à devenir plus proche du phénomène de masse et de société suivi pour les besoins de l’intégration que d’une obligation cultuelle honorée par adhésion volontaire et convaincue, cette pratique n’a pas réussi à extirper ni le réflexe du vol ni celui de la médisance au sortir des mosquées. Je reste convaincu que la prière et la prosternation véritables ne devraient être que le discernement et la sagesse que notre conscience sollicite à l’orée de nos choix et de nos actes les plus anodins. Il m’est plausible d’imaginer le bonheur d’une communauté pour laquelle l’individu sentira son appartenance et la sécurité de vivre parmi des hommes totalement libérés de leurs instincts pour admettre et respecter pleinement les règles relationnelles conseillées par l’Islam et son Prophète.

Je me demande aussi ce que deviendra le musulman de demain lorsque les moyens d’investigation développés à l’infini auront poussé notre connaissance de nous-mêmes jusqu’à nous démontrer de manière irréfutable que nos comportements proviennent de plus loin que l’humanité pour s’expliquer par cette particule, aujourd’hui insoupçonnée, et qui – à l’image de la puce de silicium – nous aurait transmis la mémoire de l’ichtyosaure et du chacal qu’elle a habité avant de nous constituer. Ce musulman se contentera encore une fois de dire avec l’air que nous lui connaissons déjà, que cette découverte n’a rien de miraculeux. Un verset retrouvé à la hâte le confortera dans la suffisance qui le bercera jusqu’à la prochaine trouvaille également faite sans lui et à laquelle s’appliquera incontestablement un autre verset. Entre-temps, ses instincts d’ichtyosaure non extirpés, lui tiendront compagnie et dirigeront ses sentiments et ses actes.

Ce musulman sera encore attaché à ses puérilités dans lesquelles il répétera ses références abstraites en tentant de s’approprier les mérites de ses contemporains dont les performances ne sont atteintes que par la faveur du tremplin qu’il a aperçu avant eux. Il citera enfin le suprême argument sur l’authenticité de ses croyances annoncées comme ultimes et parfaites.

J’ai souvent entendu cette référence au dernier des prophètes présentée invariablement sous l’angle de la seule suprématie de l’Islam sur les autres religions. En me replaçant simplement dans l’histoire de l’Humanité et des époques des Révélations, je reconnaîtrai seulement à cette affirmation une valeur d’annonce prémonitoire dénudée de toute idée de gloire et sans lien avec un quelconque mérite ou une quelconque reconnaissance attribués. Si un mérite doit être consacré, c’est certainement celui qui a trait à cette communion des membres d’une société guidée par Le Prophète Mohamed et qui a permis aux hommes d’entrevoir et de s’engager résolument dans les voies du salut qui les ont promus eux-mêmes au rang de prophètes. Le prophète des musulmans a été doté des moyens de perception qui lui ont permis d’être en avance sur son époque et d’entrevoir avec clarté et discernement le futur. Son œuvre a été de transmettre ces moyens à ses contemporains pour qu’ils apprennent à leur tour, à recueillir les messages contenus dans les éléments de la nature comme œuvre dynamique assurant ses propres équilibres par des lois précises gouvernant l’interaction de son infinité de composants. A la mort de Mohamed, l’Humanité devait avoir hérité de suffisamment de modèles à suivre et suffisamment d’aptitudes et de capacités intrinsèques exprimées ou latentes pour assumer toute seule les choix de sa destinée. L’Islam et le Prophète Mohamed n’ont que faire du mérite d’être les derniers révélés. Avec eux et par leur œuvre, l’émancipation des hommes avait seulement atteint les cimes d’où le monde se voyait autrement.

Je me souviens de mes premiers enseignements de la chose de la religion. Je devais avoir cinq ans tout au plus lorsque le berger de la ferme où nous habitions, nous raconta la mort de sa mère qui, lui avait t’on dit, était partie au Paradis où on mange à satiété sous le regard de Dieu qui veille à ce que les petits ne soient pas brimés par les adultes. Dans ce Paradis, même les chacals et les serpents étaient contraints d’être doux et savaient se tenir.

J’ai fabriqué sur le champ mon propre Dieu avec les traits et le regard perçant empruntés à un vieillard de mes connaissances et dont nous craignions les cris sitôt que nous nous approchions de sa chaumière plantée à flanc de colline, non loin de notre ferme. Je ne sais pour quelle raison j’y ajoutai une longue barbe toute blanche et une coiffe propre prises sur le visage et la tête d’un vieillard qui nous rendait visite au temps des récoltes pour emporter de pleins paniers d’orge et de blé. A son arrivée, nos mères s’empressaient de nous envoyer embrasser son turban ou un pan de son burnous afin que des esprits invisibles qu’il commandait pussent veiller sur nous.

Au fil des années et des réponses à mes curiosités, j’ai vu ce Dieu faire plein de choses et supplicier tous les morts. Je l’ai vu, la gandoura retroussée aux avant-bras, triturer l’argile et la boudiner pour enfin y ajouter des oreilles, une bouche et un nez obtenu par un pincement entre les entailles dans lesquelles il logera les yeux. Je l’ai vu enfin approcher son œuvre à hauteur de ses lèvres et lui souffler dessus. J’ai assisté alors au miracle de la vie lorsque la statuette s’est mise à s’animer et grandir. Mais ce spectacle ne dura pas longtemps car sitôt l’homme formé, Dieu le rappela auprès de lui et, de son sein dégoulinant, retira un objet dont je ne discernai pas la forme et qui par un tour de main rapide se transforma en femme. En se regardant, l’homme et la femme s’aperçurent de leur nudité et coururent se mettre à l’abri derrière les broussailles toutes proches.

Lorsque quelques années plus tard, dans un accès de blasphème enfantin, je chuchotai à un garçon de mon age que c’est de derrière ces broussailles que provenaient tous les hommes. Il me détrompa en me faisant remarquer que mon allusion pouvait être vraie mais que bien avant la naissance de leur enfant certainement conçu derrière les buissons d’ailleurs, Dieu les avait tous les deux exilés sur terre pour avoir partagé une pomme sans sa permission. Pour les punir de leur geste, Il aurait également dépêché avec eux les mauvais esprits qui nous habitent et qui nous font faire parfois de mauvaises actions. Ces mauvais esprits savent qu’ils sont promis à l’Enfer et tentent de nous y mener avec eux. J’en voulus terriblement à ce Dieu qui m’a empêché de naître au Paradis pour me supplicier avant de me brûler.

Les enfants de mon age avaient chacun son Dieu fait à l’allure et à l’image du mien. Ce Dieu souvent sévère et intransigeant faisait peur même à nos parents qui l’invoquaient souvent dans les prières que les hommes lui adressaient chaque jour pour que ses pluies arrosent les champs et les jardins où poussent les blés, les pastèques et les raisins.

J’ai aussi appris l’existence du Prophète Mohamed que j’ai tout de suite assimilé à un homme d’age mûr sur le visage duquel je mettais quelquefois une barbe rousse ou noire. A travers les histoires que j’ai pu écouter, je l’ai aimé tout de suite pour son sens de la justice et ses qualités que j’ambitionnai de suivre à l’avenir, quand je serai grand. J’ai retenu de ces narrations le souvenir d’un être au jugement judicieux dont la vie et les gestes ont témoigné d’engagements plus intellectuels que matériels ou physiques.

On se plait beaucoup à rapporter les gestes du Prophète après la Révélation. J’estime que pour les besoins de la pédagogie et de la stimulation, nos enfants à la recherche de leur modèle, gagneront énormément à mieux connaître et l’enfant et l’adolescent et l’homme des méditations et de la contemplation.

Ces croyances et ces images de mon enfance ne sont pas trop éloignées de celles qui ont cours aujourd’hui. Dans les nombreuses occasions où ces sujets reviennent, les savants autoproclamés ne cessent de développer ces mêmes croyances et ces mêmes images avec l’appui des références qu’ils proclament comme autant de vérités indubitables et de preuves tangibles de leur savoir sans limites.

A l’heure où l’humanité enregistre chaque jour des connaissances nouvelles qui permettent aux hommes cette communion de leur pensée pour rechercher et atteindre ensemble leurs ambitions et leur but communs, les musulmans préfèrent rester en retrait de cet élan qu’ils condamnent mais dont ils seront contraints d’adopter les fruits et les résultats.

Les musulmans devraient pourtant bien savoir que la décadence de leur civilisation n’a été ni fortuite, ni occasionnée par une quelconque catastrophe mue par des facteurs externes ou des éléments exogènes. La focalisation de leurs discours et de leur enseignement sur l’Auteur et ses exigences mal interprétées ne pouvait enfanter que le souci des apparences alors que la foi véritable et la conviction entière demandent à s’appuyer sur la connaissance et la compréhension de l’Œuvre.

Il est bien regrettable que toutes ces énergies mises au service de Dieu ne puissent produire que des satisfactions douteuses et hésitantes. Imaginons une société où les nombreuses mosquées et les nombreuses écoles puissent se compléter non pas pour régenter et codifier les comportements de leurs adeptes mais pour initier cette curiosité et ce besoin de savoir en leur procurant les moyens de leur expression et de leur mise en œuvre. J’ai souvent entendu les mêmes discours lancés par-dessus les minarets. Ils traitent invariablement de ces comportements codifiés en dehors de l’espace et du temps comme une parfaite dénégation de la mobilité et de la dynamique sans lesquelles ni la perpétuation ni l’équilibre physique du monde et de l’humanité ne sauraient être assurés.

Il reste évident que la construction d’une telle communauté ne peut reposer sur des fondements comme la hantise des supplices de la tombe ou l’enseignement des châtiments qui récompenseront nos actes et nos rêves. Ces références n’auront que l’effet de paralyser nos moyens et nos initiatives par l’autocensure et la peur de découvrir ces réalités mêmes que notre mission et notre devoir bien compris nous recommandent de cerner.

Je voudrais voir dans l’acte de prier des musulmans autrement qu’un rite fait de suppliques et de génuflexions. L’Omniscience n’a nul besoin des manifestations matérielles pour preuves de notre foi, de notre soumission ou de nos états d’âme. Le regard et les mains levés puis le front posé à même le sol ne gagneraient-ils pas à être vus et interprétés comme les gestes symboliques d’un serment persuadé, libre et volontaire pour investir les espaces infinis de la Connaissance depuis les éléments les plus simples et par les moyens les plus rudimentaires à notre portée ?

L’homme doué de raison et héritier du savoir, a t’il le droit d’ignorer ce qui l’entoure sans contredire sa foi et sa croyance profonde en l’omniprésence de Dieu ? Ou bien tentera t’il de toujours éluder la question au profit de réponses vagues dont l’approximation ne peut enfanter que le rejet là où des preuves tangibles et à portée de main suffisent à convaincre ? Le Savoir qui a créé et qui gouverne le monde n’est-il pas sous nos yeux où que nous soyons ? Dans ce bout de pierre vulgaire et sans utilité, sont pourtant inscrits des millions d’années d’histoire et d’aventures qu’aucune mémoire humaine ne peut contenir. Que l’on se donne la peine et les moyens de la faire témoigner et elle nous dira sans mentir et sans les fioritures qui la feraient valoir à nos yeux, la naissance de ce monde et ses faits et ses cataclysmes. Nous y lirons également la naissance des montagnes et la colère des océans comme nous y trouverons les empreintes indélébiles de ces bestioles dont il nous sera loisible de remonter l’histoire dans un sens ou dans l’autre.

Cette pierre ne se contentera pas seulement de nous conter l’histoire. En son sein, une vie intense et frénétique se poursuit à l’insu de nos regards dont la myopie ne peut atteindre ni son cœur ni ses répliques aux sollicitations du temps et aux excitations ressenties également loin de nos perceptions et de nos sensations.

Combien j’aurais été fier si mes précurseurs dans la religion et les croyances, au lieu d’affermir mes tentations vers l’objet interdit, m’avaient simplement appris cette particularité du sanglier démuni des glandes sudoripares qui auraient nettoyé sa chaire des toxines qui m’auraient empoisonné.

Je ne tiendrai pas rigueur à celui qui aura marié la fourmi à l’éléphant pour peu qu’ils aient consenti à travers leurs illusions de se voir chacun dans le miroir de l’autre. Ceux qui parlent aujourd’hui de l’obscurantisme de l’islam ne sont pas les premiers à condamner pour avoir assisté et témoigné d’une réalité traduite, certes par une image qui ne ménage ni les règles de la sémiotique ni les sensibilités sincères.

En laissant libre cours aux appréciations approximatives et aux vues de l’esprit qui meublent les discours des apprentis et des charlatans de tous bords, les autorités et les notoriétés religieuses ont permis à une foule d’illuminés de distiller au sein de la communauté des contre vérités et des concepts tout à fait contraires aux acceptations de la religion. Au temps où le souci des hommes s’oriente vers la quête et la domestication des forces enfouies dans la nature pour l’amélioration de leur confort intellectuel et physique, d’autres hommes n’ont pas mieux à faire que d’engager de longues et stériles polémiques sur la licité du port du pantalon et la longueur légale de la barbe. J’ai assisté à l’une de ces nombreuses controverses consacrées à l’orientation des cuvettes de toilettes et des bidets. Avec l’air d’une sainte gravité, l’instructeur poilu a su convaincre une assistance médusée par sa science et ses références que telle position qui orienterait tel organe dans la direction des Lieux Saints de l’Islam était sacrilège. Du coup, les architectes qui n’observent pas cette règle dans leur conception des logements sont traités d’ignares et de mécréants tout comme ceux qui portent leur montre sur le poignet de leur main gauche ou ceux qui usent d’une formule de salut non consacrée pour preuve de la traître réminiscence des valeurs par lesquelles nos ennemis des croisades tentent de nous corrompre et de nous spolier de notre grandeur et de notre suprématie.

Je me demande par quels attributs tous ces tribuns et moralisateurs élèvent leur dieu au dessus de ceux de leurs ancêtres des temps antéislamiques. Je trouve ces dieux pareillement immobiles et figés, donnant à leurs adorateurs les latitudes du fondé de pouvoir prompt à invoquer son maître et protecteur pour sévir contre tous ceux de ses semblables qui refuseraient ses instincts et ses volontés de conquête et d’hégémonie.

Lorsque le musulman d’aujourd’hui est tiré de sa longue léthargie par le fracas d’une prodigieuse découverte, il ouvre un œil et se met sur son séant le temps d’annoncer une référence coranique dont il ne s’assure ni du sens ni même de l’opportunité. A l’avènement de la molécule, nos savants par procuration ont bien retrouvé dans leur lexique, le vocable qui les a tiré d’embarras mais ils ont été contraints de reconduire le même terme pour désigner l’atome pris en son temps comme étalon irrécusable et définitif de l’infiniment léger.

Serait-il plausible que notre croyance en l’existence de Dieu soit développée sur le modèle de notre croyance en l’existence de l’ogre et des fées pareillement invisibles et capables de cruautés ou de gestes salutaires à notre égard ? Aujourd’hui, le savoir acquis par l’humanité nous fait pourtant clairement entrevoir cette existence de Dieu logé en toute chose et en chacun de nous. « L’homme est le représentant de Dieu sur terre ». Ce message transmis par le Coran ne devrait-il pas être compris et interprété en lien avec nos facultés d’esprit à partir desquelles l’homme peut élever sa conscience jusqu’à en faire un rempart infranchissable dressé contre ses tentations illicites nées pour le besoin d’assouvir ses instincts d’être matériel ?

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