Idir Ait Mohand - Amgahar azemni

Publié le par Mohamed Tabèche

Idir Ait Mohand n'arrête pas de nous surprendre, il a créé un blog formidable en 2007 «Ait Saada mon village natal» puis, après avoir terminé sa cueillette des olives où je l'ai suivi avec la camera, il nous fait une surprise en écrivant un livre : «M'hend et ses épisodes», un roman qui vient d'être publié aux éditions Publibook.

Idir nath M'hend (c'est son nom en Kabyle) vient encore, fin d'avril 2009, de publier un recueil de poèmes en kabyle « M'hend et ses poèmes » aux éditions "Amerdhil/ CREAPSY à Dély Ibrahim, Alger". Il nous dit, qu'il n'avait aucune connaissance de l'écriture ou de l'enregistrement, (numérisation des sons) et demande au lecteur et l'auditeur d'être indulgents s'ils y découvrent des anomalies. Je pense que, pour un essai d'autodidacte, c'est un coup de maître, le résultat est éloquent, il doit avoir probablement d'autres talents cachés, que lui-même n'a pas encore découverts.

De la lampe à l'huile à l'informatique, il a fait un bond de mille ans. On a du mal à croire qu'il n'a fréquenté l'école primaire que durant quatre ans, la guerre l'ayant privé d'une scolarité sûrement brillante. Combien d'universitaires ou de gens instruits peuvent se targuer d'écrire comme Dda Idir, ou d'écrire simplement. Il se découvre subitement une passion pour l'écriture qu'il partage généreusement avec tout le monde, d'un sujet banal il arrive à faire une histoire captivante. Dans un style propre à lui, il nous conte avec aisance des petites histoires sur divers sujets. Dda Idir est un fleuve de savoir qu'il faut sans doute canaliser et organiser pour que ses écrits, d'aujourd'hui, puissent servir aux générations futures. Dda Idir écrit aussi vite qu'il parle, lorsqu'on discute avec lui, il nous laisse, difficilement, en placer une. Il a tellement de choses à dire, sans doute pour rattraper le temps et le silence qu'il a du subir, mais on ne se lasse pas de l'écouter.                                      Tabèche Mohamed,    juin 2009
 
Pour écouter certains de ses poèmes.

 

 

Dans Agoravox , par Meiji , le 20 aout 2010

L’imparfait est-il subjectif ?

rthographe, conjugaison, temps & modes, syntaxe, font partie de l’univers impitoyable de l’auteur comme autant de maîtres exigeants et sévères. Pire encore, ils font l’auteur et sa crédibilité, même si de « petites mains » traquent à sa place, le plus souvent, ces imperfections de sous-doués. Mais...

Qu’en est-il lorsque l’instruction vous est supprimé à 7 ans et qu’à 67 vous avez quelque chose d’important à dire, les mots pour le dire, les phrases et le ton pour le faire vivre ? De plus, vous êtes Kabyle et l’enseignement du français s’est arrêté en primaire.

Et si, justement, c’est cette absence d’instruction, cette souffrance d’avoir été laissé pour compte, cette aberration de l’Histoire, qui jalonnent son roman, qu’Idir Ait Mohand avait voulu coucher sur le papier ?

Son personnage principal, lui-même, a 7 ans lorsque l’école ferme pour toujours. Alors il écoute et regarde. Il écoute son village, ses légendes et ses peines, ses joies et ses plaisanteries. Il regarde ses montagnes et ses champs, il joue avec, il joue dedans. Il est Kabyle en Kabylie dans ces années 60 qui ne rappellent rien de bon à quiconque. Il ne fait pas la guerre, il la subit, d’un côté comme de l’autre. Il ne la juge pas, il ne la comprend pas. Il la contemple, d’un côté comme de l’autre. Il grandit en son sein et en connaîtra d’autres, guerre civile, révolution, agitation, fanatisme.

S’il doit vivre avec, bien malgré lui, il y conservera l’âge du moment qui s’effraie tout autant de légendes diaboliques, s’amuse de facéties locales, participe au labeur quotidien de la survie, s’émancipe en jeux d’une situation qui le dépasse. Mais il y a des yeux d’enfants qui vont au delà des apparences et des mensonges, qui pressentent ce qui se dissimule derrière et voient ceux qui se cachent et mentent, d’un côté comme de l’autre. Et qui interrogent...

On est très loin de "Hors la Loi", le film de Rachid Bouchareb, et de ses polémiques insalubres. On est très loin d’ici également. On est en Kabylie et tout commence dans les années 50. Idir Ait Mohand, matricule S/5341, fait traverser le temps à son regard d’enfant sans instruction qui deviendra l’adulte sans instruction qui osera écrire "Les Guérilleros" qui en retrace la mémoire.

Un roman à l’imparfait tout subjectif, revêtu d’un voile de pudeur sans naïveté qui lui procure une force irrésistible faisant oublier que, sans instruction, on ne serait rien.

 Les Guérilleros - Idir Ait Mohand

Publié dans Portraits

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