Amizour : "Seksu uderyes " ou fête du printemps

Publié le par Aomar Sider

Le printemps (tafsut ou rbiâ) est célébré à Amizour de même que dans toute la vallée de la Soummam le 28 février, qui correspond au 1er jour de cette saison dans le calendrier ber­bère, lequel, est en fait agraire et per­pétuel. Mais, il peut tout autant être célébré quelques jours avant et quelques jours après la première semaine de Mars. Cette tradition  consiste à préparer un repas familial   constitué de trois mets essentiels : les œufs, le couscous, et les racines de «aderyes» (plante ombellifère, toxique : thapsia). Celles-ci sont lavées et cou­pées finement et bouillies avec les œufs dans une marmite, tandis que le couscous cuit à la vapeur : d'où le nom de la fête et du plat «seksu uderyes». Notons que parfois, il est asso­cié à ces racines d'autres plantes médicinales et que, dans le couscous, on peut trouver des petits pois, des fèves, des carottes et des navets... 

Calendrier agricole AmazighRemarquons également, que l'eau et les racines de même que les œufs fêlés ne sont pas consommés. Quant au nombre d'oeufs mis à bouillir, il est en général, égal à celui des membres de la famille, sauf si on pré­voit de donner quelques assiettes aux proches et aux voisins, chose du reste, assez courante. De ce fait, on peut manger le plat plusieurs fois pendant la même période : le sien et celui des voisins ou de sa famille. Seulement, il faut à tout prix se garder de boire, raison pour laquelle, d'ailleurs il est servi uniquement au diner. Toutefois au cas ou on ne pourrait se retenir, il est conseillé de man­ger une orange. Aussi est-il impératif pour celui qui a touché aux racines (de même qu'à la plante) de ne pas porter ses mains sur sa peau notamment aux points sensibles tels que les yeux, car cela provoque des enflures et des démangeaisons intolérables. C'est dans ce sens qu'on se pose à juste raison la question : pourquoi le choix de la plante toxique ? La cause s'est évidemment perdue au fil des âges. Néanmoins, les vieux nous ébauchent un bout de réponse : «C'est dans un but thérapeutique, pour préparer le corps à vivre le printemps». Est-ce une forme de vaccin contre d'éventuelles intoxications du fait que nos ancêtres  consomment beaucoup de plantes au printemps ? Chose qui peut être sujet  à une petite recherche pour élucider le mystère, tout au moins par curiosité.

saisons.jpgRappelons que le 28 février corres­pond en fait, au 15 février dans le calendrier amazigh. Ce décalage de 13 jours par rapport au calendrier gré­gorien (universel) s'explique par le fait que le calendrier amazigh était julien au départ, mais n'a pas bénéficié de la correction de 10 jours qu'a eu ce dernier en 1582 par le pape Grégoire XIII. Depuis l'erreur s'est aggravée (de 3j, les fin de siècles non divisibles par 400 :1700, 1800,1900) pour être de 13 jours, c'est aussi pour la même raison qu'on fête Yennayer le 14 janvier. Ceci dit tafsut (ou fête de la fleur) est une fête authentiquement berbère, elle est encore très vivace chez les Touareg qui l'appellent «tafsit», au point de devenir presque offi­cielle. Et si elle est presque oubliée dans d'autres régions, elle est gardée à l'échelle familiale dans cette contrée de la Kabylie, mais sa pratique est si présente que des quintaux et des quin­taux de ces racines sont vendus (par petits paquets de 4 ou 5 pour 10 à 15 DA) au niveau des marchés hebdoma­daires de Béjaïa, Amizour, EI-Kseur... Et ce, au bonheur des ménagères des villes qui ne peuvent pas les cueillir elles-mêmes comme celles qui habi­tent les zones rurales. Cependant, une chose est sûre, c'est grâce à elles (mères et grand-mères) que nous gar­dons encore un pan de notre culture et de nos us et coutumes ancestraux.                        Aomar Sider 

Mois

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