Béjaïa : le jardin public, un petit éden.

Publié le par mohamed Tabèche

Par Aomar Sider. 

    La ville de Bejaïa peut se targuer de compter parmi les rares villes algériennes à avoir encore de nos jours, un jardin public digne de ce nom. La majorité des villes algériennes ne possède aucun espace vert ou s’il existe, il est squatté par des personnes qui s’adonnent à toutes sortes de trafic et autres jeux de hasard ou bien englouti par le béton.

   

   Le jardin de Béjaïa ou Square Pascal est situé au centre-ville, à l’angle que forment l’allée de la Libertéet le prolongement de la route des Aurès, principales artères de la basse ville. D’une superficie de 3 000 m2environ, clôturé d’un muret surmonté de grilles métalliques tissées de plantes grimpantes escamotant ainsi la vue de l’intérieur. Le jardin est ouvert tous les jours de 8h à 18h, des enfants, des jeunes mais aussi des vieux viennent quotidiennement. Certains cherchent un moment d’évasion, de repos, pour fuir le stress et le mouvement de la ville, d’autres, une certaine intimité, ou encore la fraîcheur sous les grands arbres ou la grande voûte que forment les feuilles et les branches entrelacées de jasmin rose, de glycine bleue et de lierre panachés.

    

     Une trentaine de bancs en bois, en fer ou en ciment sont disponibles le long des nombreuses allées qui coupent le jardin en petites parcelles. Elles sont ornées de roses, de tulipes, de marguerites blanches, de graziania jaunes et de bien d’autres fleurs aussi belles les unes que les autres. Cependant, c’est la colonie (une centaine) d’arbres et arbrisseaux peuplant ce jardin qui en fait sa fierté. Presque tous les arbres sont exotiques : comme les savonniers alignés le long de l’allée de la Liberté, le tilleul (arbre à tisane), le jacaranda, ou le faux bananier…

  

    Quelques uns sont de véritables « parfumeries » embaumant le jardin notamment pendant la période de floraison, tels que le flambeau (à grandes fleurs en trompettes), le jasmin et tout particulièrement l’unique olivier de Crète (arbuste à fruits à la sève blanche) qui répand son odeur enivrante à des dizaines de mètres à la ronde. « C’est bien dommage qu’il n’y en ait qu’un seul ! », avons-nous dit à un gardien qui nous rassurera que plusieurs jeunes plants sont entrain de grandir dans la pépinière communale et nous indiquera que quelques uns seront plantés ici.

    

    Des arbres fruitiers, il n’en reste que deux : un marronnier et un mûrier, les autres ont péri et ont été remplacés par des arbres-caoutchoucs. Quant au doyen de ces arbres, c’est le pin datant de plusieurs siècles. Ses racines ont rompu pendant le mois de Ramadhan dernier et en tombant, il a dépassé le mur du jardin pour atteindre la station de taxis. Heureusement qu’à cet instant-là, c’était presque l’heure du f’tour et la rue était déserte.

   

    C’était, sans doute, autour de cet arbre que le jardin a été créé, il y a près d’un siècle. Un gardien, aujourd’hui âgé de 60 ans, se rappelle que quand il était enfant, son père l’amenait se promener ici. Dès l’entrée, on est frappé par la propreté des lieux et la présence de nombreux lampadaires intacts, mais surtout par le fait de voir la multitude de fleurs. Une chose est certaine : le lieu est bien entretenu et bien gardé. Nous sommes persuadés que ce n’est point les plaques d’interdiction de toucher aux fleurs, implantées partout, qui peuvent retenir les enfants à cueillir des fleurs. Cinq gardiens s’occupent en permanence de l’entretien et du gardiennage.

 

    L’arrosage se fait chaque matin grâce à la conduite d’eau potable qui traverse tout le jardin, seulement, le reste de la journée, l’eau est coupée. De ce fait, l’unique robinet situé à l’entrée du bas reste, à longueur de temps, tristement à sec, comme ont tari également les petits jets d’eau de la statue du garçon de bronze actuellement entourée d’une grille sous forme de coupole. Cette restriction de l’eau est sûrement dictée par le souci d’en limiter la consommation mais nous la trouvons peu rationnelle, car pour ce faire, il existe une solution plus simple et meilleure. Celle-ci consiste à doter, d’une pompe électrique, le puits qui existe au milieu du jardin pour n’utiliser que son eau dans l’arrosage, puisque sa capacité est largement suffisante d’après les dires des gardiens. On en conviendra que le prix de cette pompe serait insignifiant par rapport à la facture de l’eau à long terme.

 

    Toujours est-il, en attendant, Dda Mouhend (comme l’appellent les habitués du jardin) a pris en charge de désaltérer la soif des visiteurs. En effet, chaque jour que Dieu fait, Dda Mouhend, un sympathique septuagénaire ramène quatre bidons d’eau et se fait un réel plaisir d’aller les remplir chez lui à chaque fois qu’il le faut.

 

    En quittant le jardin, on ne peut s’empêcher d’espérer que les autres villes d’Algérie pensent à préserver leurs jardins ou à en créer d’autres. Ces espaces verts sont très utiles par les temps qui courent : une simple vision peut nous faire voir le pire, celui que vivent actuellement certaines grandes villes de par le monde où on a recours à des séances d’oxygénation (bol d’air) payantes. Cet exemple est à méditer mille fois.

Publié dans le journal THAMURTH le, jeudi 13 mai 1999.  Aomar  Sider

Publié dans Faune et flore

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