« El Baz » ou le faucon, l’oiseau seigneur.

Publié le par Aomar Sider

El Baz 2Dans la sociologie Algérienne et Kabyle en particulier « El Baz » ou le faucon est l’oiseau seigneur. Il symbolise la beauté, la force, la fierté et la dignité. Proverbial et fabuleux, il remplissait jadis les contes de nos grands-mères qui sont à présent presque oubliés.

Mais cette symbolique est encore vivace même chez les jeunes. Ces termes « El Baz » (ou Tanina, sa femelle) est aujourd’hui usité sous la néo-poésie pour signifier notamment la beauté. Aussi les garçons et des filles portent-ils ce nom, de même que beaucoup de commerce ainsi que des marques de produits comme le Jean local « El Baz » d’El Kseur. C’est dans cette ville à 26 Km à l’ouest de Béjaïa  qu’on peut voir ce majestueux oiseau vivant, «en chaire et en plumes», exposé dans de nombreuses boutiques.

Devant l’une d’elles, la gargote Le Dauphin, on peut admirer à loisir un couple de faucons attachés avec de petits cordons, l’un sur un juchoir, l’autre sur une souche de chêne liège, faisant face aux passants qui ne les effarouchent nullement. D’ailleurs, ils se laissent même caresser, mais se montre agressifs dès qu’on essaie de les prendre. De la taille d’un Hibou, ils ont les ongles et le bec crochus.

Leur plumage est beige, la femelle l’a légèrement plus claire. Ils sont la plupart du temps immobiles et silencieux sauf pour demander leur ration de viande. Leur propriétaire Tighilt Arezki, les appelle « Mamou » et « Papou ». « Cela fait trois années (saisons) que j’élève des couples, que je préfère de la même nichée, car frères, ils s’acceptent mieux », dira-t-il. Et d’ajouter : « cette saison je veux tenter une expérience, les laisser chez moi, s’accoupler. Sinon, chaque fin de saison (des vacances) je les libère et, ce, après être sûr qu'ils peuvent voler et se prendre en charge». Pour ce faire, M. Tighilt commence d'abord à libérer tous les trois jours le mâle. Ce dernier revient à chaque fois pour manger, dormir et aussi pour retrouver sa campagne. A la 2e étape, il les lâche ensemble. Seulement encore dépendants, même libres ils reviennent chaque soir pour se nourrir. Ce n'est qu'après leur avoir coupé les vivres pendant plusieurs jours qu'ils disparaissent à jamais pour ne plus revenir.

«Cela me fait toujours du chagrin de ne plus les revoir, mais je me console en me disant qu'ils seront mieux dans leur milieu naturel », nous a confié Arezki qui reconnaît d'autre part : «Ils sont durs (coûteux) à élever. Ils ne mangent que de la chair crue et fraîche, ils n'acceptent jamais la charogne. Encore oisillons, c'était moi qui les nourrissais avec de petits bouts de viande, mais après ils préfèrent la prendre entre leurs serres et la béquer». En grandissant ces oiseaux deviennent des voraces qui ne se rassasient point. 

Heureusement que son copain Tibouche Mouloud, le boucher d'en face, lui réserve tous ses abats ; Quant au poisson dont ils sont gavés, il est péché par notre gargotier lui-même, puisqu'il est aussi, pêcheur.

D'ailleurs, le nom et l'intérieur de son fast-food. Le Dauphin ne trompent  pas.

Effectivement, ses murs sont entièrement tapissés de poissons très peu ordinaires comme le mérou, le pagre, le brochet, la cigale... et de bien d'autres plantes et objets qui évoquent la mer tels les filets de fond, les œufs de mouettes, le corail...

A ce propos il confiera : «Cette décoration est certes à mon goût, mais je l'ai faite pour faire patienter mes clients». Parmi eux, notre hôte est persuadé qu'ils sont nombreux ceux qui sont venus grâce à ses oiseaux qui ont donné un nom (notoriété) local à son commerce. «Leur présence procure une joie aux clients et aux passants, mais surtout aux vacanciers émigrés qui viennent les voir spécialement», a-t-il encore affirmé.

A la question de savoir comment se procure t-il, chaque année, ces oiseaux rares, M. Tighilt nous répondra : «Je les achète à 500 DA le couple auprès de garçons qui viennent me les proposer, me sachant preneur d'avance. Pour d'autres (et ailleurs) ils seraient vendus jusqu'à 5000 DA».

Les oiseaux sont enlevés de leur nid, des montagnes d'Ibarissen (continuité du Djurdjura et Gouraya) bien avant leur envol. En outre, nous apprendrons de lui en connaisseur de cette espèce que le couple de faucons (El Baz et Tanina) ne se sépare jamais. Il niche sur la montagne loin des populations mais ne change guère de nid. Il peut vivre 10 ans.

Au vol, c'est toujours le mâle qui précède, et en descendant ils sortent une pâte et plient l'autre sous le flanc. Ainsi à El Kseur on se sert d'el Vaz comme décor tandis qu'ailleurs, de par le monde, il est enrôlé dans la chasse.

Et bien qu'il soit facilement apprivoisable, on lui reconnaît aussi la phobie de la cage où il peut mourir de tristesse. Mais que peut-on déduire de ce pillage de nids s'il se généralise ? N'y a t-il pas risque d'extinction de la race dans la région?

En tout cas, comme chacun à sa façon de concevoir les choses, Aït Menguellat disait dans son avant dernier album : «El Baz en perdant sa montagne, il ne devient qu'un simple oiseau».     Aomar Sider le 18/11/1999

Publié dans Faune et flore

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gene 02/04/2010 22:54


s'ils sont relachés et qu'ils repartent à la vie sauvage c'est pas un problème mais est ce le cas pour tous ? il y en a beaucoup chez nous aussi mais je ne sais pas si c'est les mêmes bonne soirée


mohamed Tabèche 02/04/2010 23:49



Bonsoir gene, L’idéale est, qu’on laisse tranquille ces gentilles bêtes, mais… C’est certainement les mêmes, les Pyrénées et Djurdjura c’est pas loin pour les oiseaux.