"Elle est nôtre"

Publié le par Med Tabèche

Article paru en mai 1949 dans le "Bulletin trimestriel de l'association des anciens élèves et amis de l'école libre d'Ait Larba". Signé R.L.

 

 

Il s'agit de votre école, chers Anciens. Son histoire vous est, plus ou moins connue : vous aimerez sans doute la pénétrer davantage, C'est toujours bon de revivre un passé qui a fait le présent et sur qui repose l'avenir. Car, ce qui a été bâti sur le roc offre toujours une base solide ou travail des générations à venir. Et cela est d'autant plus vrai que l'édifice ici créé a eu et gardera toute sa raison d'être dans le travail de la formation de l'Homme, en son intelligence, en sa volonté et en son cœur.

 

Ce fut votre fait à vous, les jeunes … du temps passé. Vous avez goûté aux fruits de cette réalité constructive, Refaire la route de votre école, ce sera donc revivre les jours où, dans son sein, vous avez sucé le suc de votre formation humaine et morale qui a fait de vous ce que vous êtes : des hommes dignes de ce nom.

 

Une histoire plaît à l'esprit et ou coeur quand elle est vraie, quand elle a été vécue. Les vieux anciens en ont écrit les premières pages, et vous les jeunes anciens, en avez augmenté les chapitres, laissant encore à ceux qui marcheront sur vos traces le soin d'en ajouter d'autres toujours plus vivants et plus beaux.

 

D'un regard rapide, voyez, votre chère école s'ouvrant  à l'existence sur les monts des Beni-Aissi, cherchant à se poser sur la colline des Ait-Yenni, montant plus haut dans l'air frais des At-Mengallet pour revenir enfin s'accrocher au roc d'Ait-Larba. Hâtons-nous de prendre la route et, pour  ainsi dire, faisons ensemble le pèlerinage en ces Hauts-Lieux, pleins de souvenir d'une jeunesse qui était folle à ses heures, mais restait généreuse au travail et toute vibrante au jeu.

 

Nous sommes ou début de l'année 1873, Les Pères viennent d'ouvrir une école à Taguemount Azouz, un simple gourbi tout pareil à celui qu'ils habitaient, Foulant aux pieds les préjugés séculaires, un marabout amène ses trois fils à l'école à l'heure même où les notables du village se concertent pour porter défense à la population d'y envoyer leurs enfants.

Trois mois après, un outre marabout, amin de Taguemount-Azouz, décide son frère à confier aux Pères l'éducation de ses deux filles.

 

 

Et les années passent : c'est 5 écoliers, c'est 2 c'est 8 durant l'année 1875; 12 en mai 1876, puis 5, puis 15 sans compter deux ou trois gamins et quelques hommes qui voulaient de temps en temps se donner le plaisir d'assister à la classe... Au 21 Janvier 1877 l'école compte 30 élèves, et leur nombre ne fait que s'accroître car, en mai, les registres de présences en mentionnent 42.

 

Avec l'année 1878, le gourbi-école disparaît c'est alors une maison solidement bâtie qui ouvre ses portes à la gent écolière.

 

Novembre 1880. A la rentrée des classes, tout semble promettre une excellente année avec 40 élèves présents, plus avides que jamais d'instruction. Il a fallu qu'un vent de rage déferlât en Kabylie contre les écoles des Pères… (Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'intérêt général et immédiat d'un peuple passe bien loin derrière les préoccupations d'idéologues étroits et partisans), Mais quelques mois suffisent pour ramener le bon sens dans les esprits et faire triompher le bien. Qu'arrivera-t-il même, en septembre 1881 ? L'administration de Fort Nationale recherchera à l'école de Taguemount-Azouz des enfants pour les placer dans son école de Tamazirt, celle-ci devant être une pépinière d'instituteurs qu'on placera ensuite dans les tribus Kabyles. Un élève est donc ainsi emmené ou mois de novembre 1881.

 

Qu'à cela ne tienne, l'école de Taguemount Azouz préparera, elle aussi, quelques-uns de ses élèves ou Certificat d Etudes, et deux d'entre eux obtiendront leur diplôme en juin 1883, ils seront ensuite employés comme moniteurs, l'un à Taguemount l'autre à Ouarzen, avec un traitement de 200 frs par an. De là un changement profond s'opère dans  la mentalité des petits écoliers. Ils manifestent un désir encore plus vif de s'instruire, comprenant mieux que par le passé l'importance de l'instruction. Et l'on constate une assiduité plus grande à venir en classe, une application plus soutenue à l'étude et une réelle  émulation entre élèves du même cours. Honneur à ces petits gars de la montagne berbère : en juin 1885, à Fort-National leurs succès aux examens du C.E.P. sont complets et un membre de la Commission en félicite les maîtres.

 

Septembre 1885… Retenez bien cette date, chers Anciens. Plusieurs élèves, pourvus du C.E.P. veulent continuer leur instruction afin d'affronter l'examen du brevet de Capacité.

Il n'en faut pas plus pour adjoindre à l'école une section École normale. La création est aussitôt faite, et nous voilà, arrivés à la naissance de notre vieille le école préparatoire au Brevet.

 

1873-1885 : c'est tout le chemin parcouru, à vrai dire bien court, pour arriver à un but vers lequel, depuis, vos génération, ont marché avec entrain. Au berceau vient de s'ouvrir, nous verrons, la prochaine fois, l'éveil de la vie.

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Ecole Normale d'Instituteurs de Bouzarea Alger 1895

Promotion : 1892

Publié dans At Yenni Beni-Yenni

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