Jugurtha superstar !

Publié le par Slimane Hachi

Par Slimane Hachi.

Aujourd'hui, en Algérie, on croise des garçons prénommés Jugurtha ou Massinissa : ces rois illustres restent vivants dans l'imaginaire collectif.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, un élan inédit permit de voir fleurir en Algérie de nombreux travaux et études sur le monde berbère. Les approches scientifiques du monde berbère ancien connurent un renouvellement majeur sous l'impulsion des éminents professeurs G. Camps et M. Mammeri. L'intégration des dimensions archéologique et anthropologique ainsi que la formation de jeunes chercheurs algériens permirent de briser de solides préjugés sur le monde berbère, de ressusciter un ancrage identitaire nord-africain et de reconsidérer des figures numides telles que Massinissa et Jugurtha dans leur incontestable dimension souveraine. A travers la confrontation et l'analyse des seuls témoignages écrits, il convient désormais d'admettre que les populations de l'Afrique du Nord présentaient dès le Ve siècle av, J,-C. deux genres de vie nettement différenciés; des agriculteurs sédentaires et des pasteurs nomades. II est également admis, grâce aux apports de l'archéologie, que les populations numides disposaient de leur propre système agraire et  hydraulique. S'agissant de l'outillage, la charme nord-africaine a été l'objet de nombreuses études qui permettent d'affirmer que les Berbères n'ont pas reçu cet instrument des Phéniciens, De même, les  données linguistiques prouvent que, pour les cultures de champ, les Berbères ne durent ni leurs semences ni leurs instruments essentiels à une quelconque influence punique. La synthèse du schéma classique qui préside à L'éclosion d'une civilisation semble avoir été le fait des Berbères puisque la pratique de l'agriculture fixa au sol des populations paysannes avant que n'apparaissent des villes de fondation autochtone, contemporaines du règne de Massinissa. A l'avènement de Massinissa, allié de Rome et artisan de la défaite de Carthage en 203 av. J.-C. lors de la deuxième guerre punique, la Numidie était parvenue à un état de civilisation non négligeable. S'efforçant à partir de 200 av, J.-C. de gagner la protection des Romains pour parvenir à isoler ses rivaux, Massinissa se garda habilement de s'étendre vers l'Est en direction de Carthage, chasse gardée 

MonnaieHachi-slimane-2.jpgde Rome, et entreprit d'augmenter les  possessions de son royaume vers l'Ouest D'une ambition méthodique et mesurée, il sut constituer et mettre en valeur un territoire immense, exportateur de blés et de céréales en direction de Rome et de la Grèce, Le souverain numide sut également s'approprier les attributs modernes de la souveraineté tels que la frappe de la monnaie et le développement de la circulation monétaire puisque les échanges entre les villes et les campagnes connurent, sous son impulsion, un essor considérable. Cependant, cet ennemi acharné de Carthage, acquis depuis son plus jeune âge à la civilisation punique, voué à la vénération de ses dieux, ne parvint jamais à renverser le processus de punicisation de son royaume auquel il n'opposa au  mieux que l'introduction d'éléments culturels et cultuels hellénistiques. Petit-fils de  Massinissa, Jugurtha incarne quant à lui la figure de la résistance à l'Empire romain. La trajectoire de ce souverain intrépide permet de mettre en lumière une Numidie certes vaincue mais offensive et de nuancer le portrait univoque d'une entité historique vouée à la domination, à la guerre portée sur son territoire et aux assauts extérieurs. Après avoir assassiné ses cousins pour régner seul, Jugurtha parvint à corrompre, à Rome, un tribun de la plèbe qui plaida en sa faveur. De retour en son royaume, il garda de son déplacement le souvenir d'une capitale vénale : « Rome» ville à vendre". Vaincu par Marina en 106 av. J.-C.

Jugurtha fut emprisonné à Rome où il mourut. Comme Massinissa, il reste un héros national.

  

Dressé contre Rome Jugurtha, roi de Numidie mena la guerre contre Rome. Il fut vaincu en 106 av.J.-C. C'est la fin du Royaume indépendant de Numidie.

 

SLIMANE HACHI, préhistorien et anthropologue, directeur du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques, Alger.

Collections de L'Histoire n°55 page 12

 

 

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