La grotte de l'ours

Publié le par mohamed Tabèche

 L'ours du Djudjura.   Photo fiction Mohamed Tabèche ours.JPG

Dans les années quatre vingt, pendant nos prospections de cavités dans le massif du Djurdjura, nous sommes entrés dans une grotte d’accès assez facile, que nous pensions avoir découverte. Aprèes les investigations, il s'avere qu’il s’agit en fait de la fameuse grotte de l’ours. 

    Je pourrais être tenté de décrire cette grotte ou de parler de l’intérêt qu’elle représente, cependant, n’étant qu’un amateur (même averti, me dit-on !) Je ne me hasarderai pas. Ceux qui l’ont explorée et y ont prélevée des ossements le 10 juillet 1938 l’ont fait certainement mieux. C’est dans une documentation ancienne, que j’ai trouvé des informations sur la grotte de l’ours, dont je vous livre ci-après, l’essentiel.

    Cette grotte présente certainement un intérêt scientifique indéniable, aussi, pour des raisons évidentes de protection et de préservation, les descriptions et les coordonnées géographiques, permettant sa localisation ne sont pas communiquées. Par expérience, vu l'état des lieux fréquantés par le grand public, après médiatisation, il serait plus prudant de pas trop parler des endroits ensibles. Le secret pour cette grotte (et d'autres heureusement) est si bien gardé, que moi-même j'ai oublié l'endroit, mais aux besoins, (études ou recherches scientifiques), on peut très vite la retrouver ! il faut aussi noter, qu'à mon avis, cette grotte ne présente aucun interet pour le public.                                                                  Le10 juin 2011.  Mohamed Tabèche.

  

Voici ce que dit le document :

  ... Le couloir d'entrée, horizontal, présente l'aspect d'un tunnel légèrement coudé de 1,50 mètre de hauteur.

    Ce couloir aboutit à une première salle elliptique de 9 mètres sur 6 environ, dont le niveau du sol est à 1,50 mètre en contrebas. La voûte à son point le plus élevé, se continue par une cheminée très étroite verticale.

    A l'Ouest : une galerie surbaissée (0,60 m de hauteur) s'avère sans issue 7 mètres plus loin.

    Au Nord s'ouvrent deux passages : l'un au ras du sol, étroit et très bas ; l'autre 3 mètres plus haut et de section plus grande. Tous deux donnent dans une deuxième salle, circulaire et très petite.

    A notre droite : une galerie très basse légèrement descendante se termine 4 mètres plus loin par une étroiture infranchissable.

    Au Nord : un couloir surélevé nous conduit, après un coude franc de 90° sur la droite et une descente brusque de 3 mètres environ à l'extrémité d'une troisième et dernière salle. Le tour en est vite fait.

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    Sur la gauche : une amorce de galerie ascendante se continue par une étroiture infranchissable. Un violent courant d'air s'y fait sentir. On se rend compte que, quelques mètres plus loin, elle com­munique avec un puits vertical ascendant.

    A l'extrémité Est de la salle, point terminus de la grotte : un puits vertical de 6 mètres de profondeur, très étroit. On y descend et on en remonte facilement par opposition.

    Sur la droite : quelques étroitures impraticables au ras du sol et, dans la paroi, à 3 mètres au-dessus du sol, un trou qui semble se continuer vers le haut par une galerie presque verticale. En réalité il se divise en deux boyaux trop étroits pour livrer passage à un homme.

  Le centre de la salle est encombré par un amas pyramidal de blocs rocheux, résultat d'un effondrement ancien de la voûte pri­mitive. Des interstices entre ces rochers permettent en un point de s'infiltrer à 3 mètres au-dessous de ce tas.

    Nous notons qu'à l'intérieur de la grotte, la température de l'air est de 11°. Nulle part nous ne relevons un indice quelconque d'une activité hydrologique actuelle. De légers suintements sur les parois de la salle terminale ont réalisé quelques dépôts calcaires, notamment sur les débris rocheux amassés dans son centre, preuve que l'effondrement qui a dû se produire est déjà fort ancien.

    L'absence d'eau, ses dimensions restreintes, le manque total de difficultés qu'elle présente, font que cette grotte décevrait très cer­tainement l'hydrologue ou le sportif. Nous n'en aurions sans doute pas parlé si elle ne présentait pas, par contre, un indéniable intérêt paléontologique.

    Au cours de la première exploration, alors que nous progres­sons en rampant, dans la galerie sans issue, située à l'Ouest de la première salle, nous y trouvons des ossements et notamment des dents.

    Retenue jusqu'à présent par la recherche de la voie, notre attention se porte maintenant sur cette découverte. Nous remar­quons alors que le sol de la première salle est jonché d'ossements les plus divers. Nous en trouvons dans les moindres recoins. Il suffit de gratter le sol, terreux et légèrement humide, pour en faire apparaître de nouveaux.

 Abondance plus grande encore dans les deuxième et troisième salles. Le puits terminal, l'interstice existant sous les débris de la voûte effondrée, les points les plus bas, en général, se révèlent comme étant particulièrement riches.

   Le sol des deux dernières salles est formé d'un limon argilo-calcaire, très pâteux, d'une belle teinte rouge. Il constitue une véritable brèche ossifère. Par endroits il renferme de petits filons d'une matière noire visqueuse semblable à du cirage.

    Nous nous trouvons donc dans un véritable repaire de bêtes sauvages, sans doute très ancien.

  Nous remarquons que la roche qui sert de seuil entre le couloir d'entrée et la première salle présente en son milieu un creux poli comme on en trouve sur les marches de certains vieux esca­liers. Il faut y voir l'usure occasionnée depuis des temps reculés par le passage répété des habitants de cette caverne.

  Dans la deuxième salle, nous trouvons, amoncelés en deux tas identiques, des excréments récents. Ils indiquent que cette cavité est encore l'habitat de quelque animal (chacal, hyène ?). Nous nous expliquons alors pourquoi nous n'avons trouvé à l'entrée de la grotte aucune trace des nombreux troupeaux et bergers qui fréquentent la région.

     Crane d Ursus Arctos                                              

    Nous avons rapporté des ossements de singes (animaux encore très répandus dans la contrée), un crâne qui semble être celui d'un mouflon (espèce disparue depuis moins d'un siècle), des osse­ments divers non encore identifiés.

Machoire superieure d Ursus Arctos   

Une fouille a été entreprise à l'entrée de la dernière salle (extré­mité Ouest). Après avoir soulevé quelques blocs rocheux et sous une couche de limon rouge de 30 centimètres environ, nous avons exhumé un crâne de grande taille. L'identification en a été faite par la Sta­tion de Recherches Forestières d'Alger. Il s'agit d'un crâne d'Ursus arctos (ours brun). Cette découverte ne fait que confirmer celles précédemment faites par M. C. Arambourg, sous la conduite de M. de Peyerimhoff, dans différentes cavités du Djurdjura, et notamment dans l'Anou Tenchiji (Bulletin de la Société d’Histoire Nationale de l'Afrique du Nord, 1927, page 196). Nous nous proposons de poursuivre nos investigations.

                                                                                                           J. Troullieur.

Sources : Documents sur l’hydrologie souterraine des différentes régions de l’Algérie
7ème Fascicule Notes Spéléologiques sur le Djurdjura.
Par les membres de la section d’Alger de la société spéléologique de France 1941    

Publié dans Grottes & Gouffres

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