La neige de février 2012 en Kabylie.

Publié le par Med Tabèche

 

Les neiges d'antan sont elles revenues ?

 

Les importantes chutes de neige sont des phénomènes naturels dont les montagnards s'accommodaient très bien. Cette situation, qu'on peut qualifier aujourd'hui de catastrophique était jadis normale. Avant, les villageois préparaient les réserves en nourriture et en énergies pour les hivers et les hivers rigoureux et leurs habitations sont conçus pour faire face à toute éventualité.

 

Les maisons aux murs épais de plusieurs centimètres, sont construites avec des matériaux locaux, la terre et la pierre. Les toitures sont également en terre argileuse posée sur une structure en bois et en roseau, renforcées par de grosses poutres en frêne et le tout est couvert en chaume ou en tuile.  Selon que l'on soit plus ou moins proche de la montagne les toits sont en forme de terrasses ou inclinées en tuile de terre cuite demi ronde, fabriquée par eux même également. Beaucoup de personnes de ma génération y sont nées et ont vécu une partie de leur vie dans ces maisons berbères. Ce sont des chef-d'œuvres d'architecture très performants, adaptés à toutes les épreuves climatiques et agressions extérieures. L'épaisseur des murs, jusqu'à 80 centimètres parfois plus et les petites ouvertures, conservaient l'énergie, pour maintenir la maison chaude en hiver et fraîche en été. Un feu de bois dans la cheminée suffisait à faire la cuisine et chauffer l'ensemble de la maison. Celle-ci était conçue de sorte, que l'on pouvait confortablement y vivre hommes et animaux, plusieurs jours sans sortir en effectuant les tâches quotidiennes adaptées à la circonstance.

 

Aujourd'hui nous avons perdu l'habitude des hivers rigoureux et détruits toutes les maisons traditionnelles, nous avons dénaturé l'aspect et les structures des maisons et des villages. Nous avons substitué les anciens matériaux de construction naturels avec ceux dits modernes, moins efficaces et plus onéreux, nos architectes et les constructeurs n'ont pas su associer les deux techniques pour édifier une maison idéale. La structure du village Kabyle et des maisons qui le compose, sont totalement différentes de ce qu'elles étaient cinquante ans auparavant. Les villages continuent leur immuable mutation bien perceptible, un grand nombre de maisons ont des terrasses en béton avec des barres en fer, dites d'attente.  Au milieu des briques et des parpaings et d'autres matériaux pour la poursuite de la construction, il y a toujours une ou plusieurs parabole pour capter les chaînes de télévision étrangères.

Dans toute la Kabylie il est rare de trouver un village typiquement kabyle. Au loin, d'une crête à l'autre, on peut remarquer l'anarchie de l'urbanisation, des maisons des bâtiments sans plans d'architectes, sans limitation de hauteur et souvent inachevés. On a tous voulu construire grand moderne et beau, le grand problème de ces maisons, c'est qu'elles sont consommatrices d'énergie, celle ci est chère et pas toujours disponible.

 

Les importantes chutes de neige de cette fois-ci ont donné matière à réflexion et ont fait renaître la solidarité ancestrale entre villageois et villages entre eux. Comme à l'accoutumée, devant les dangers, menaces ou catastrophes, du village ou de la région, la cohésion citoyenne ressuscite de nouveau. Des élans de solidarité sans précédent ont été déclenchés spontanément par la communauté dans le pays et à l'étranger, des dons en toute nature affluent de toutes parts acheminés et distribués discrètement à une vitesse incroyable, les moyens modernes de communication aidant, Internet et téléphone.

 

On notera avec regret, ça et là, les récupérations partisanes face à l'événement et aux secours.

D'une manière ou d'une autre les désagréments et les problèmes vécus par les populations ont pour principales causes l'organisation et le comportement humains, ou en tout cas,la neige à peu de chose à avoir.   

 

 


 

 

 

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