Le Magot d'Afrique du nord

Publié le par Med Tabèche

            Le singe Magot, de son nom scientifique Macaca sylvanus se caractérise par l'absence d'appendice caudale et vit dans les montagnes des pays de l'ouest de la Méditerranée, au Nord de l'Algérie et du Maroc ainsi qu'au sud de l'Espagne à Gibraltar. Il en existe aussi dans la Montagne des singes en Alsace depuis 1969. Ces singes de France, avec les macaques du Japon, sont  les primates les plus septentrionaux de la planète, leur épaisse fourrure leur permet de bien supporter les températures froides du nord. Le Magot est omnivore, son régime alimentaire se compose de fruits, de graines, d’insectes, de mollusques, de certaines racines et de plantes qu'il sait d'instinct non toxiques. En Afrique, l'homme (administrateurs, touristes, bergers, braconniers…) lui dispute et détruit son territoire et son habitat naturel, lui donne de la nourriture inadaptée, le braconne, l'empoisonne et le harcèle, alors qu’il est le premier habitant des lieux.

             Jadis l'homme vivait exclusivement des produits de la terre et des animaux d'élevage, il respectait l'environnement et sacralisait les animaux et la nature. Il ne viendrait à aucun l'idée de couper un arbre si ce n'est pour des besoins vitaux, ni de tirer sur un animal même une laie, pourtant réputée nuisible lorsqu'elle est en gestation ou avec ces petits, ou encore de tuer tout animal qui s'abreuve. Certains se souviennent encore qu'à chaque récolte nos parents prenaient soin de laisser quelques fruits sur l'arbre ou des graines sur le champ de récolte, pour les animaux. Est-il des règles sacrées que seuls nos ancêtres savaient observer ? Il y a même des légendes racontant une parfaite symbiose entre l'homme et l'animal sauvage : "l'homme qui laboure son champs avec des sangliers ou encore les singes qui nourrissent l'homme dans une grotte", …. On a fait parler l'animal dans nos contes et histoires, il interpellait dans les rêves où certains affirment avoir été persécutés par l'animal à qui ils ont fait du mal. Nos aïeux savaient faire face à la légendaire malice et l'opportunité du singe toujours prêt à faire une razzia sur les cultures. Ils avaient aussi des astuces pour réduire les dégâts sans en causer d'autres à la nature.

          Pendant la guerre d'Algérie, les forêts du Djurdjura étaient des sanctuaires pour les espèces qui y vivaient, elles n'étaient pratiquement pas dérangées et elles se reproduisaient en toute quiétude pendant des années. Lors des opérations militaires, l'aviation Française bombardait certains villages et les différents endroits de la montagne du Djurdjura, la forêt de Tikjda était alors brûlée au Napalm. Le singe magot fuyait son refuge et descendait dans la vallée et remplaçait pendant longtemps dans les villages en ruine, les habitants évacués de force. Le singe magot est devenu ainsi le maître incontesté ou le gardien des lieux. Le phénomène est bien entendu passé inaperçu, les préoccupations d'alors étaient autres, les dégâts causés par les singes étaient imperceptibles et dérisoires face aux dégâts de la guerre. A la fin des hostilités en 1962, chacun a repris sa place en regagnant son territoire, progressivement, l'équilibre s'est reconstitué jusqu'au début des années quatre vingt dix.

           Depuis vingt ans l'insécurité s'est mise en place, la montagne du Djurdjura était peu fréquentée par l'homme y compris par les bergers et leur troupeaux, le singe a recouvré la totalité des son territoire mais avec les nombreuse décharges sauvages et anarchiques d'ordures de toutes sortes cela a permis une reproduction effrénée du singe, qui pense avoir trouvé une source de nourriture facile et inépuisable et qui le sécurise mais aussi l'empoisonne. L'accalmie revenue, l'homme reparaît dans "sa" montagne, encouragé par les initiatives qui prônent le tourisme de masse. Or ces touristes donnent de la nourriture inadaptée (salée et sucrée), à Tikjda, mais on peut aussi observer cette pratique à Yakouren, la Chiffa et dans tous les lieux en Algérie et du Maroc où vit le Magot. Le Magot est devenu moins craintif, plus paresseux pour se nourrir naturellement, plus agressif et dangereux quand il a faim. Quand il y a moins de visiteurs et pas de nourriture dans les décharges le Magot descend aux abords des villages et saccage les arbres fruitiers et les jardins potagers des villageois, il guette sur un arbre ou un rocher la moindre opportunité pour pénétrer dans les maisons y chercher la nourriture à laquelle il est habitué.  Le singe magot a détrôné le sanglier en impopularité, il est devenu pour les riverains du Djurdjura un animal nuisible.

             Le singe ne fait aucun tort aux hommes, on ne peut lui reprocher des sentiments humains comme la haine, il va où son instinct le guide et là où il peut aller, il ne provoque pas d'incendies et ne menace personne de mort. Il était juste là avant nous dans la région qui nous concerne par le hasard de l'évolution, il ne demande qu'à vivre tranquillement. Le comportement de l'homme a fait que les singes magot sont  devenus impopulaires et nuisibles pour les riverains des montagnes qui les abritent. Les singes qui vivent aujourd'hui en Europe, à Gibraltar ou en Alsace ne connaissent pas ces problèmes donc cela veut dire les situations que nous avons créées ont conduit le singe Magot à devenir un problème n'est pas une fatalité.

 

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Publié dans Magot (Le singe)

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