Tahar Hannache, le 1 er cinéaste Algérien

Publié par K.B.

Tahar Hannache, le pionnier du cinéma algérien

Publié le 24/10/2008 à 12:00 par algerie360
Tahar Hannache, le pionnier du cinéma algérien

photo : Tahar Hannache, le pionnier du cinéma algérien
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Tahar benelhannache, dit Hannache, est né à Constantine le 26 novembre 1898 dans un milieu qui ignorait tout des artistes. Très tot pourtant, il montra une étonnante disposition pour le cinéma.
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Depuis son plus jeune âge, en dehors de ses études à l'école Sidi Djellis de Constantine, Tahar Hannache s'intéressa aux arts, à la mécanique en général : celle de l'automobile, du chemin de fer, des bateaux, et aux inventeurs modernes.
Un jour, il vit arriver la première salle cinématographique. C'était aux environs de 1908-1909 . La salle s'appelait "Cinéma Numez". Le jeune homme, intrigué et poussé par la curiosité, finit par poser des questions aux ouvriers : il s'agissait bien d'une salle de cinéma !
Dès lors, à chaque sortie de l'école, c'était la ruée vers cette salle. Le premier spectacle visionné aura été "les Aventures de Zigomar", un film comique avec le grand Max Linder : matinée 50 centimes, soirée 1 franc.
En 1920, après son service militaire, Tahar débarqua en France, gare de Lyon, avec en poche...1 louis d'or.
Un jour , en 1922, tout en déambulant non loin des studios parisiens de cinéma, il fit la rencontre d'un régisseur qui cherchait des figurants de type arabe. 
Il s'agissait, à l'époque, de réaliser "L'Atlantide", chef-d'oeuvre de Pierre Benoit. Le régisseur regarda attentivement ce beau jeune homme qui, tout en ayant de larges épaules, était grand de taille et avait un regard volontaire. Il alla droit au but :
-"Vous ètes arabe ?" Tahar répondit oui. 
-" Revenez demain, je vous engage".
Le lendemain fut le point de départ d'une exaltante carrière cinématographique pour Tahar Hannache.
Après sa participation au tournage de "L'Atlantide", sous la direction de Rex Ingram, un producteur américain de l'époque, et de "Yasmina", d'André Hugon, que Tahar aida grace à sa connaissance des moeurs et coutumes arabes, Max Rieux le prit comme aide-opérateur et régisseur pour le tournage de " La grande Amie", "J'ai le noir" et "La cousinette".
Pierre Comloubier et Diamond Berger le solliciteront, eux aussi, pour tenir les mèmes emplois dans "Le Transatlantique" et "Education de prince". Avec Jacques Mills, il acheva "Les Sables mouvants", film dans lequel il fut à la fois acteur et assistant. 
En 1928, après avoir terminé le dernier film muet "Les Sables mouvants", il collabora au premier film parlant, "Chiqué", et et passa à la série "Legy et Cie, "Maurin des Maures", "L'illustre Marin", "La bandéra" de Julien Duvivier,etc.
En 1937, il vint tourner "Sarrati le terrible" d'André Hugon à Alger, avec Harry Baur, Georges Rigaud ainsi que le regretté fantaisiste algérien connu dans tous les milieux artistiques, Rachid Ksentini.
En 1940, il termina dans la métropole française par "La fille du puisatier" de Marcel Pagnol, avec Raimu, Fernandel, Charpin, Josette Day. Marcel Pagnol l'avait engagé comme second opérateur pour le tournage du film. Puis ce fut "La Vénus aveugle" avec Viviane Romance où il réussit de très belles images. Car Tahar Hannache s'est fixé définitivement. Il n'est plus acteur, c'est désormais en technicien qu'il affrontait le septième art.
En 1942, il vint diriger les prises de vue du premier film parlant arabe "Ali, fils du Sud", avec, comme vedette, Réda Caire. Bloqué en Afrique du Nord par le débarquement allié, il tourna un documentaire sur sa ville natale, "Constantine, l'ancienne Cirta", en double version française et arabe.
Toujours en 1942, il fut requis par le service cinématographique de l'armée, pour lequel il dirigea les prises de vue pendant trois ans. Il tourna aussi pour le service des Alliés "Bataillon de choc", "Le sous-Marin", "Casablanca". Il etait alors le seul Africain détenteur d'une carte professionnelle de cinéaste sous le numéro 7951, avec le grade de lieutenant. 
Démobilisé en 1945, il rentra à Paris afin de reprendre son activité, quand la jeune et nouvelle production marocaine fit appel à son précieux concours pour tourner l'un des premiers films marocains parlant en arabe, "Sérénade à Meriem", avec comme acteurs Mohamed El Djamoussi, Mahieddine Bachtarzi, Mohamed El-kamel...ainsi qu'un documentaire, "Port Lyautey".
Après s'ètre imposé comme l'un des premiers opérateurs de prises de vue en France, Tahar Hannache s'engagea dans la voie de la mise en scène et de la production cinématographique.
Après le tournage des films ci-dessus cités au Maroc, - en 1946 et 1947 - il créa une compagnie de production "Tala Film" et devient producteur-réalisateur des documentaires "Aux portes du Sahara", L'homme du Sud", "Constantine, l'ancienne Cirta".
Pour le film suivant, "Les plongeurs du désert", le cinéaste restera fidèle à sa formule : foncer droit devant lui. Il est alors aidé dans son travail par Djamel Tchanderli, qui est à la fois son neveu et son assistant-élève. Le deux hommes travaillent ensemble depuis 1942.
La qualité technique des productions de Tahar Hannache n’est plus à discuter. Cet homme, qui a participé au rayonnement mondial du cinéma, a mis la main à trop de chefs-d’œuvre pour qu’un doute sur ses connaissances professionnelles puisse se présenter à l’esprit. Tahar Hannache fut ainsi l’authentique pionnier du cinéma algérien.
Cet homme grand et brun, à l’élégante silhouette, dont le parler et la diction en font plus un ancien élève de lycée parisien qu’un constantinois, a collaboré avec les plus grands du cinéma français et étranger : Marcel Pagnol, André Hugon, Julien Duvivier, Rex Ingram, Abel Gance, Fritz Lang, Pierre Renoir, etc.
Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages pour la télévision, notamment avec Mohamed Touri, à l’indépendance, Tahar Hannache a pris en charge le service cinéma de la RTA et la formation des premiers opérateurs du cinéma algérien et directeurs de photo tel Adel, Sahraoui, Lakhel et d’autres encore. 
Il décèda le 1er Aout 1972, à l’àge de 82 ans. Le livre reste ouvert sur un destin inachevé. En tout cas, sur le vieux rocher constantinois, ses images naviguent pour l’éternité. Images attentives au ronflement de la caméra qui berça sa vie.

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K.B - Tassili Magazine n° 42 - Juin-Aout 2005 

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