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Un artiste parti trop tôt .

Par Abdennour Abdesselam.

" Né un douze janvier 1954 au sein même de la zawiya du Chikh Oubelqacem dans le arch d’At Yanni au soir de la célébration traditionnelle de Yennayer. Une date toute prémonitoire. C’est depuis ce lieu mythique où il grandira que Brahim fera ses premières classes. Ce qui lui vaudra de devenir une icône dans le champ artistique de Kabylie. Il n’oubliera jamais de célébrer son lieu de vocation naturel où se déroulent encore aujourd’hui et régulièrement de véritables séances de psychanalyse culturelle. C’est un monde magique qui s’offre aux nombreux visiteurs qui affluent chaque jeudi après midi. On n’y enseigne aucune discipline ecclésiastique. Il est un lieu où les visiteurs se ressourcent aux tonalités amplifiées d’une combinaison particulière des basses traditionnelles que sont les amendayer (bendirs) au fond desquels vibrent des cordes qui renvoient l’écho de leurs sons en zig-zag. Les corps balancent alors aux rythmes de l’ambiance musicale. Brahim Izri y apprendra et comprendra que la musique est un savoir thérapeutique attesté aujourd’hui par la science moderne. Sa musique, très personnifiée par le milieu duquel il a émergé, portait en elle dés le commencement des pointes qui la prédisposait à traverser les frontières. Il poussera encore plus loin les limites de son espace immédiat s’en allant porter le genre dans d’autres contrées. Il le fait découvrir à l’enchantement de ses diverses rencontres et tente même de le faire classer par l’UNESCO. Il finira d’ailleurs par le faire coupler en duo sur des mosaïques de chants de diverses cultures. La plus mythique d’entre ces mosaïques fut « Tizi Wezzu » une magnifique adaptation de Sans Francisco qu’il fredonnera avec son auteur Maxime Le-forestier. Ces rencontres heureuses ont donné naissance à un genre hybride de musiques et de textes cadré dans une parfaite harmonie. C’est dire que pour Brahim rien n’est véritablement étrange ni étranger entre les hommes et leurs cultures. Pour lui les cultures ne sont que différentes et surtout pas antagonistes. Sur des plateaux de télévision où il était souvent invité, maîtrisant précisément la langue française et taillé dans un calme olympien Brahim présente le panoramique de la chanson kabyle dans ses nombreuses missions de service de la société. Il le fera avec force analyses. Aujourd’hui et selon ses propres veux l’icône repose dans la vaste cour du lieu dit Chikh Oubelqacem au contrebas d’une route nationale depuis le 3 janvier 2005 date de son tragique décès suite à une longue maladie.
Je tiens à rapporter les faits suivants : Brahim Izri n’a pas tourné le dos aux tragiques événements qui se sont déroulés lors du printemps noir en Kabylie en 2001. Ma femme et moi étions de passage à Paris le 26 décembre 2004 et lui avons rendu visite à l’hôpital parisien Hôtel-Dieu. Il était en compagnie de son jeune fils et de sa mignonne  petite fille dans sa chambre d’hôpital. Après un large tour d’horizon culturel, il nous a déclaré, entre autres informations effarantes et ahurissantes, qu’il a refusé les offres alléchantes que lui ont proposé en 2003 les deux responsables de la fameuse organisation culturelle de l’année de l’Algérie en France savoir : Mrs Raouraoua et Gros lors d’une réunion tenue à Paris ; ce que le géni kabyle de Brahim appelait « année du pouvoir assassin de la Kabylie en France ». Après un long silence il nous dira: « Non je ne pouvais pas tourner le dos aux 128 jeunes et frêles kabyles lâchement assassinés par le pouvoir de Bouteflika ». Il avait les larmes aux yeux et pour le consoler j’ai posé avec douceur mes mains sur ses genoux l’implorant d’avoir du courage.  J’étai effrayé par le degrés d’amaigrissement plus qu’inquiétant que j’ai constaté. Une infirmière vient lui faire une injection et nous demande poliment de sortir de la chambre. Entre temps, inquiet que j’étais de son état de santé, j’ai eu le réflexe de demandé à voir son médecin à qui j’ai expliqué ce que représentait comme importance pour la Kabylie son malade Brahim et lui ai demandé si son cas était grave. Il avait seulement  baissé les yeux et j’ai compris qu’il ne restait pas beaucoup de temps à vivre pour notre idole. En retournant dans sa chambre Brahim nous a remis un message à transmettre à sa sœur Doudouche de Mekla épouse d’un grand militant Rachid Ourad qui nous a quitté lui aussi récemment, un message que nous lui avons transmis le 29 décembre 2004 à notre retour. Quel n’a pas été notre tristesse d’apprendre par la même Doudouche le 3 janvier 2005, soit 5 jours après, le décès de Brahim Izri qui, je le souligne, est resté stoïque et n’a pas sombré aux offres alléchantes du pouvoir assassin comme, malheureusement, bien d’autres y ont lamentablement glissés. 
Une précision en PS : Pendant l’organisation culturelle de l’année de l’Algérie en France qui a eu lieu durant toute l’année 2003 et que la Kabylie avait boycotté par décision des Archs, des artistes kabyles ont malheureusement accepté de chanter dans plusieurs villes de France car alléchés par le payement des cachets. Ceux-là ont honteusement tourné ainsi le dos aux 128 jeunes assassinés par le pouvoir de Bouteflka. Ce que Brahim Izri a refusé catégoriquement.              Abdennour Abdesselam."

Tag(s) : #Hommages, #Artistes, #chanteurs, #Portraits

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