Ass n temtunt à Ighil Naït Chila

Publié le par mohamed Tabèche

Le Jour de la galette, Par: Aomar Sider

«Ass n temtunt» ou «Taguella d lmelh» (pain et sel) est la seule manifestation culturelle ancestrale encore vivante de nos jours dans la région de Tizi n'Tleta. Le village Ighil Naït Chila (Aït Abdelmoumène) la garde jalousement, conscient qu'il en est actuellement le dépositaire. Cette fête a lieu chaque année, le premier jour de l'Aïd el-Fitr, au niveau de tajmaît (place publique).

Dès les premières lueurs de cette journée, des jeunes viennent nettoyer la place publique. Les premiers sont souvent ceux qui ont veillé toute la nuit dans des cafés et n'ont pas encore dormi. Ils placent une grande bâche ou des nappes sur la petite plate-forme (au coin de la place) aménagée spécialement pour cette circonstance.

Ass-n-temthount-1-copie-1.jpgPeu après, les enfants des maisons les plus proches arrivent chacun avec sa galette "Temtunt" (sorte de pain levé) et la déposent à tajmaît: la plate-forme occupée par trois vieux du quartier. Ces derniers découpent au fur et à mesure les galettes en petits morceaux. Tous les genres de pain sont tolérés, hormis celui du boulanger car non artisanal. L'essentiel est que tous les foyers y adhèrent.

Par devoir, car tenant beaucoup à cette tradition, même les familles originaires de ce vieux quartier qui ont déménagé à plus d'un kilomètre ou en ville participent aussi. Elles se présentent chaque année avec leurs galettes, seul le mauvais temps les en dissuade. Pour les autres, la manifestation ne se reporte pas et ne s'annule jamais, quel que soit le temps qu'il fait. Au cas où il pleut, le découpage des galettes se fait à l'intérieur de l'épicerie de la place.

Pendant la coupe, une personne (habituelle aussi) remplit un grand couffin avec les morceau et les distribue aux enfants. Cette opération se répète autan) de fois qu’il faut jusqu'à épuisement du tas de pain. C’est ce qui fait durer la fête, laquelle se déroule toujours dans une belle ambiance. De loin, on entend les appels, les cris de joie des enfants ou la voix du distributeur qui les rappelle à l'ordre quand ils l’assaillent alors qu'ils doivent rester à leur place tout autour de tajmaît, ceci sous l'oeil amusé des vieux ravis que la tradition se perpétue. Aussi l'occasion est-elle une aubaine que ne ratent pas certains pour filmer et photographier la scène pour l'immortaliser. Ceci étant, à la fin de cette manifestation, chaque participant repart en emportant avec lui le pain des autres. Ce qui est en fait sa finalité ...

Notons que depuis quelques années, de crainte que cette tradition ne tombe en désuétude, (comme certaines autres), quelques jeunes ont introduit la tombola. Pour cela, chaque enfant, en déposant sa galette, est systématiquement inscrit sur un bon numéroté. Les bons sont prépares à l'avance : âge, nom et prénom.

Ass-n-temthount-2.jpgUn tirage au sort a lieu à la fin de la distribution (ce qui incite les enfants à assister jusqu'au bout) ; dix noms sortent alors de l'urne. Des cadeaux leurs sont achetés (le plus tôt possible) en fonction de leur âge et de la somme d'argent, fruit de la quête organisée surplace. Plus de 4.000 DA ont été réunis celle fois-ci. Exceptionnellement cette année, des crayons et stylos (offerts par l'association amazighe d'Amérique) ont été distribués aux enfants dont l'âge n'excède pas 15 ans, à leur inscription.

Autrefois avant l'avènement de la tombola, cette manifestation ne concernait que les garçons. C'était l'occasion pour eux de sortir pour 1a première fois en public. Cela nous rappelle "Fouroulou", dans le "Fils du pauvre" de Mouloud Feraoun, où le garçon devait être préservé du mauvais œil. Ceci dit cette tradition est lourde de sens, sa finalité est que tous les foyers mangent du pain des autres. Cela se traduit par Taguella d lmelf (pain et sel), ce qui devrait les empêcher de se tromper ou de se faire mutuellement du mal durant l’année.

Par Aomar Sider

 



 

 

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