Le groupe Afous est une formation de musique kabyle moderne née à Aït Yenni dans les années 1970. Il est le fruit de la passion commune de cinq frères issus de la famille Amireche (At Alioulmoufok). Très vite, toute la famille s’implique. La musique n’est pas seulement un loisir, elle devient un mode de vie.
Les répétitions, les rencontres et les échanges se déroulent dans la nouvelle maison familiale, construite après le retour de France en 1961, sur un terrain, acheté, situé entre deux villages de Taourirt, à proximité de la maison de jeunes de Béni-Yenni.
Avant cela, la famille a connu une période d’instabilité , installation provisoire dans leur village d'origine de Taourirt Mimoun pendant près de deux ans, puis plusieurs déménagements. Au final, cette famille nombreuse est logée temporairement dans les locaux du centre municipal de Taourirt El Hadjadj.
La maison familiale devient rapidement un lieu à part. Un refuge ouvert à tous : artistes, amis, voisins, mais aussi oubliés et laissés-pour-compte. Une maison vivante, généreuse, où l’on partage autant la musique que le pain.
Le nom du groupe, « Afous » (la main), n’est pas choisi au hasard. Les cinq doigts symbolisent les cinq frères : l’union, la solidarité, la fraternité et l’amour. Mais cette main représente aussi une figure centrale : Ouiza At Oughjdoul, la mère.
Femme exceptionnelle, elle a donné naissance à dix-neuf enfants, dont douze ont survécu. Profondément ancrée dans les traditions kabyles d’Aït Yenni, elle incarne la force, la dignité et la générosité. Malgré des conditions de vie souvent difficiles, elle garde toujours « la main sur le cœur ». C’est cette main protectrice, nourricière et courageuse qui donne tout son sens au nom du groupe.
Rappel historique
Amireche Mouloud naît le 30 octobre 1924 et décède le 3 octobre 1999.
Bennad Ouiza naît le 30 novembre 1928 et s’éteint le 4 août 2021.
Ils se marient en 1948 ; après sa séparation avec sa première femme épousée en 1946 avec qui il a eu une fille, nommée Ouardia en 1947.
Très vite, face aux nouvelles responsabilités familiales et aux séquelles économiques de la Seconde Guerre mondiale, Mouloud part travailler en France. Il revient ensuite en Algérie pour emmener avec lui sa nouvelle épouse et son fils Rabah, âgé de six mois.
Installé en France comme ouvrier spécialisé chez Renault, il tente de construire une vie stable. Sa femme s’occupe du foyer, la famille s’agrandit, et tout semble suivre son cours. Mais en 1954, le déclenchement de la guerre de libération bouleverse cet équilibre.
Le climat devient dangereux. À la fin des années 1950, Mouloud est arrêté, sous les yeux de ses jeunes enfants, soupçonné de liens avec le FLN. Il est emprisonné pendant près d’un an. Pendant cette période, sa femme, enceinte, et leurs enfants en bas âge traversent une épreuve particulièrement difficile.
À sa libération, la décision est prise : la famille rentre définitivement en Algérie.
Med Tabeche, le 4 avril 2026.
Reportage : 13 avril 2011