Lmaynsra ouzemour n'At Vetsi.
Dans mes souvenirs d’enfance, début des années cinquante, l’image de ce moulin à huile de Zentar = At Vetsi, reste étonnamment précise. Le temps a passé, mais certaines scènes demeurent intactes, comme gravées dans ma mémoire.
Je revois l’agitation autour des olives, les allées et venues, les gestes répétés avec méthode. Au milieu de cette activité se tenait Nna Melha, la matriarche. Petite de taille, gracieuse, droite, attentive, elle observait tout. Rien ne lui échappait. D’une parole brève, elle rappelait à chacun sa tâche, guidant ses enfants Toudert, Makhlouf et les autres membres de la famille. Sa présence imposait l’ordre naturel des choses. On sentait que tout passait par elle. De temps en temps elle offrait des beignets des morceaux de galette avec un bol d'huile fraîche aux clients "iw sisen", presque tous des proches du village.
À cette époque, l’huile d’olive occupait une place essentielle dans la vie des montagnards. Elle n’était pas un simple produit du terroir. Elle représentait une richesse, presque une sécurité. Elle servait à cuisiner, à conserver les aliments, à éclairer les maisons lorsque la nuit tombait. Dans ces villages accrochés à la montagne, l’olive et son huile faisaient partie de la survie quotidienne.
Je me souviens aussi de l’esplanade où l’on entassait les olives par tas familial = "Inchel", avant leur passage au moulin. Dans mes yeux d’enfant, trois ou quatre ans environ, cet espace me paraissait immense. Les tas d’olives s’y accumulaient, sombres et brillants, répandant cette odeur profonde de fruit mûr mêlée à celle des feuilles et de la terre humide. C’était l’odeur de la saison des olives. Le parfum de "Amezough guilef est mon préféré...
À l’entrée de la propriété des At Vetsi, à Tizi n Txavit, au bord d’une route, At Yanni, à peine carrossable, se dressait également un four à chaux. Sa silhouette de pierre, noircie par la fumée, faisait partie du paysage familier. Lui aussi racontait une autre activité du village, celle de la fabrication de la chaux, indispensable pour bâtir et entretenir les maisons.
Aujourd’hui encore, lorsque je repense à ce lieu, ce ne sont pas seulement des bâtiments ou des outils qui me reviennent à l’esprit. C’est toute une manière de vivre : le travail partagé, l’organisation des familles, et cette autorité douce et tranquille incarnée par "Melha Thamjtouht". Autour du moulin, de l’esplanade et du vieux four à chaux se déroulait une part de la vie du village, simple, rude et profondément humaine.
Le moulin à huile de Zentar
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