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Ghenima n'Boudali du village Taxavit, son vrai nom est : Myassa n'At Amer-ou-Avdella = Mehareb. Elle voit le jour le 18 décembre 1916, au village Agouni Ahmed, au cœur d'At Yanni.

Cette photo est publiée par son petit-fils Samir, qui a réveillé en moi le souvenir d'une vie de courage et de dignité.

Dans les années trente, elle se marie avec Bennad de Taourirt Mimoun, ils ont eu une fille, puis unit sa destinée à celle de Boudali At Lhadj, en français : Tadjer. De cette union naissent trois enfants, 2 filles et un garçon.

Une époque de tourmentes, cette moitié du XXe siècle fut particulièrement éprouvante pour les villages kabyles. Entre les épidémies dévastatrices et les conflits mondiaux, la stabilité des communautés était constamment menacée. À cette époque, l'équilibre d'une tribu reposait sur la présence de ses hommes ; dès que l'un d'eux s'éloignait pour la guerre ou l'émigration, la cellule familiale devenait vulnérable.

C’est dans ce contexte que Boudali part pour la France, comme beaucoup de villageois. Malheureusement, la maladie l'isole de sa communauté et son destin bascule, il est officiellement "perdu de vue", laissant derrière lui un silence pesant qui durera des décennies.

Face à cette absence, Nna Ghenima s'est révélée être une femme d'une trempe exceptionnelle. Seule, elle a porté le poids de son foyer, affrontant les épreuves quotidiennes avec une abnégation admirable.

Je garde un souvenir ému de cette douleur sans nom, Ali et sa jeune sœur ont presque mon âge. Enfant, j’observais cette famille évoluer avec une dignité exemplaire malgré la précarité. Nna Ghenima travaillait sans relâche, du lever au coucher du soleil, pour assurer l'essentiel, de quoi nourrir ses enfants et maintenir l’honneur de sa maison.

Rien ne lui fut épargné. Elle gagnait chaque morceau de pain à la sueur de son front, n'hésitant pas à transporter sur son dos de lourdes charges de pierres et de terre provenant d'anciennes bâtisses pour aider aux reconstructions des maisons.

"Nna Ghenima un symbole silencieux de sacrifice, on la voyait marcher pieds nus, été comme hiver, traçant un chemin de courage sur la venelle rocailleuse de "At avdkrim à Takeroucht".

Le crépuscule des retrouvailles posthumes.

Le destin de cette famille s'est dénoué bien des années plus tard, entre deux rives.

Boudali s'éteint en France en 1980. C'est son fils Ali qui, au terme de recherches acharnées, parvient à retrouver sa trace. Il découvre alors la tragique explication de ce long silence, son père souffrait d'amnésie. Ali accomplira le devoir ultime en rapatriant le corps de son père vers sa terre natale. 

Nna Ghenima, après une vie de labeur et de dévouement, s'est éteinte en 1996. Elle repose désormais à Sidi Bel Abbés, en Oranie.

Elle laisse derrière elle le souvenir indélébile d'une femme qui, par sa seule volonté, a su transformer la difficulté en une leçon de vie et de noblesse.

Nota Bene 

Il faut préciser que cette photo, où la femme apparaît sans coiffe, est destinée uniquement à la constitution de documents de administration, qui sont obligatoires.

Dans la vie courante, et même encore aujourd’hui, les femmes portent sur la tête l’"amendil" ou la "tafounarth", éléments traditionnels de leur tenue.

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Tag(s) : #Art culture tradition, #At Yenni Beni-Yenni, #Hommages, #Mon village, #Portraits, #biographies
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