Malika At Vetsi
Zenine Malika est une artiste peintre septuagénaire, originaire de Taourirt El Hadjadj, à At Yanni.
Née à Annaba, dans l'est de l'Algérie, elle est issue d'une famille installée dans cette ville depuis le début du XXᵉ siècle, peut-être même avant, au gré des déplacements de ses ancêtres, colporteurs et artisans venus de la haute Kabylie.
Je fais sa connaissance à la suite d'un commentaire qu'elle rédige sous l'une de mes publications consacrée à un établissement historique de Bouzaréah et à un instituteur-écrivain de mon village. J'apprends alors que cet homme, fondateur de la revue La Voix des Humbles, en 1924 appartient à sa famille. et elle l'a connu de son vivant.
Avec mon ami Malek Abdesselam, nous sommes invités à lui rendre visite.
En ce lundi 13 juillet 2026, Malika nous ouvre les portes de sa superbe demeure, à Alger. Dès les premiers instants, nous avons le sentiment d'entrer dans une véritable caverne d'Ali Baba. Chaque pièce révèle une surprise, tableaux, objets décoratifs, créations originales... Tout témoigne d'une imagination foisonnante.
Madame Laliam - Zenine Malika, ancienne professeur en Pédiatrie, retraitée depuis plus de vingt ans, se consacre désormais entièrement à la passion qui l'habite depuis son enfance, la peinture et la création d'objets décoratifs.
En observant ses tableaux de près, je découvre une remarquable maîtrise du geste et une attention presque obsessionnelle portée aux moindres détails. J'imagine facilement les heures de sérénité qu'elle atteint devant sa toile, totalement absorbée par l'instant présent. À travers son œuvre, elle semble aussi prendre une douce revanche sur une existence longtemps consacrée aux autres : fille obéissante et respectueuse, épouse dévouée, mère attentive, médecin au service de ses patients...
Aujourd'hui, elle revendique une autre manière de vivre.
"Maintenant, je veux vivre pour moi, vivre libre, faire ce qui me plaît, quand j'en ai envie".
Cette liberté retrouvée irrigue toute son œuvre.
Elle a construit un univers profondément personnel où se rencontrent la nature, le bijou et la féminité. Son langage artistique mêle arabesques, lignes sinueuses, fleurs, oiseaux, papillons et silhouettes féminines dans une composition riche, élégante et poétique.
L'aspect le plus singulier de son travail réside sans doute dans l'influence, parfois inconsciente, de la grande tradition de la bijouterie d'At Yanni, héritage de ses ancêtres. Plusieurs de ses tableaux ressemblent à de grands bijoux. Pendentifs, émaux, pierres précieuses, filigranes, motifs ciselés et ornements "sekhab, lḥember", les parures kabyles occupent une place centrale dans ses compositions. Les reliefs donnent souvent l'impression que les pierres ont été véritablement serties dans la toile.
Sa palette est éclatante. Les bleus turquoise, les verts émeraude, les ors, les ocres, les rouges rubis et les roses dominent l'ensemble. Ces couleurs évoquent autant la lumière que les minéraux, les émaux et les pierres précieuses. Elles installent le spectateur dans un univers onirique davantage que réaliste.
Sa peinture est avant tout symbolique. Les oiseaux incarnent souvent l'harmonie ou la fidélité ; les fleurs célèbrent l'épanouissement ; les papillons évoquent la métamorphose ; les figures féminines deviennent l'expression de la beauté, de la sensibilité ou de l'énergie créatrice. Chaque tableau raconte moins une histoire qu'il ne suggère une émotion ou une idée.
Une imagination particulièrement fertile. Une maîtrise subtile des couleurs et des matières. Une grande cohérence dans l'ensemble de sa production. Une capacité à transformer les codes de la bijouterie kabyle en langage pictural.
Les œuvres de Malika ne relèvent pas de la peinture académique classique. Elles s'inscrivent davantage dans une démarche symboliste et décorative où chaque tableau devient un objet précieux, presque un bijou vivant.
Son travail ne cherche pas à reproduire fidèlement le réel ; il invite plutôt à pénétrer un monde intérieur, lumineux et sensible, où chaque forme possède une signification et où chaque couleur exprime un état d'âme.
On quitte son atelier avec le sentiment d'avoir rencontré une femme qui, après avoir consacré sa vie aux autres, a enfin trouvé le temps de dialoguer avec elle-même. Ses tableaux apparaissent alors comme les fragments d'une liberté conquise, le prolongement de sa personnalité, au point de donner parfois l'impression qu'ils font désormais partie de son être.
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