Augustin- Belkacem IBAZIZEN

Publié le par Guy Pervillé

Né le 17 mai 1897 à Fort National (grande Kabylie), mort à Paris le 10 novembre 1980. Fils d’instituteur kabyle, ancien combattant de la grande Guerre, naturalisé et converti au catholicisme, il fut avocat à Paris, Tizi Ouzou, Blida, à la cour d’appel d’Alger ; militant Croix de Feu*1  et PSF (1930-1932). Conseiller général d’Alger (1949-1953), conseiller de l’Union française (1953-1958). Enfin conseiller d’État (1953-1958). Sa carrière est le meilleur exemple de la réussite individuelle et de l’échec politique d’un assimilationniste persévérant.

Belkacem Ibazizen est né dans une famille d’instituteurs originaires du village d’Aït-Larba, dans la tribu kabyle des Aït-Yenni, la plus précocement et la plus largement scolarisée d’Algérie. Selon ses Mémoires, il ressentit très jeune, sous l’influence de son père et de ses premiers maîtres, une profonde attirance vers la France, vers sa culture et vers la religion chrétienne. Cette attirance le poussa à vouloir dépasser les limites de son milieu d’origine, qu’il jugeait trop étroit et arriéré de « mille ans », mais sans le renier pour autant. Dans ses efforts pour s’intégrer à la société française d’Algérie, il se heurta souvent à des avanies qu’il supporta dignement, en distinguant la « vraie France » des « mauvais Français ». Mobilisé en 1917 dans un régiment de tirailleurs, élève-officier volontaire pour le front, i1 découvrit et défendit 1a France de ses rêves en 1918.

Démobilisé en 1920, il s’installa à Paris pour y suivre des études de droit et de lettres, se fit naturaliser et baptiser sous 1e prénom symbolique d’Augustin. Avocat stagiaire au barreau de Paris de 1924 à 1928, i1 exerça de 1929 à 1939 à celui de Tizi Ouzou, dont il fut le premier bâtonnier kabyle à partir de 1937. Membre de l’Union nationale des anciens combattants depuis son séjour à Paris, il fut l’un des animateurs de sa section de Grande Kabylie. Par ce biais, il se rapprocha du mouvement des Croix de Feu*1, auquel il adhéra en 1932, et où il prit des responsabilités importantes à partir de 1935. Le colonel de la Rocque le chargea de préparer, en réponse au projet Blum-Viollette, un contre-projet qui tendait à franciser d’office les Anciens combattants, les décorés et les lettrés. Son travail servit de base à une proposition de loi déposée par son ami Stanislas Devaud, député PSF de Constantine.

Mobilisé en 1939 dans les Tirailleurs, puis affecté aux affaires militaires musulmanes, il reprit sa profession d’avocat à Blida après l’armistice, et espéra que le maréchal Pétain justifierait par des actes le prestige qu’il conservait dans la population indigène : pendant l’été de 1942, il lui rendit visite à Vichy au nom des anciens combattants de Kabylie. À la fin de la guerre, qui lui semblait avoir confirmé la fidélité de la masse indigène à la France, il fut consterné par la répression de mai 1945, dans laquelle i1 vit 1a « faute suprême ». Touché par ses premiers doutes sur l’avenir de l’Algérie française, il redoubla d’efforts pour rapprocher les deux communautés en participant aux Solidarités algériennes, fondées par 1e pilote de ligne Pierre Viré, et en se présentant à diverses élections dans le second collège, avec le soutien des Anciens combattants. Après plusieurs échecs, il fut élu au conseil général d’Alger-Maison Carrée en 1949, puis en 1953 à l’Assemblée de l’Union française où il siégea dans le groupe MRP. Déchiré par l’insurrection et la guerre d’Algérie, mais resté fidèle à son idéal, il espéra dans le général De Gaulle, qu’il rencontra et accompagna en août 1956, durant son voyage autour du monde, et qui lui accorda de longs entretiens. Après le retour au pouvoir du général, i1 fut l’un des cinq indigènes algériens admis au Conseil d’État en vertu de l’ordonnance du 28 octobre 1958, mais seulement pour assister à l’effondrement de tous ses espoirs d’intégration de l’Algérie à la France.

Dans ses Mémoires publiés en deux volumes (l’un avant, l’autre après sa mort) il se montrait fidèle aux sentiments et aux idées de toute sa vie : attachement à sa petite patrie kabyle, en dépit de son « retard millénaire », attirance irrésistible vers la France, sa culture, ses maîtres intellectuels et spirituels et la religion du Christ ; indifférence envers l’Islam et le monde arabe auquel il se sentait entièrement étranger. Sans craindre de passer pour un renégat, il justifiait son option personnelle par une prétendue tendance atavique de 1a « race berbère » méditerranéenne et occidentale en dépit de son islamisation (qu’il expliquait par la « mise en condition des hommes et des peuples dominés »). Ces Mémoires sont la meilleure expression du « berbérisme » assimilationniste, inconsciemment tributaire de l’idéologie coloniale, qu’il ne faut pas confondre avec 1e courant « berbériste » du nationalisme algérien, ni avec la défense et illustration de la culture berbère dans l’Algérie indépendante.

                                                                                     Guy Pervillé

Bibliographie :

Le pont de Bereq’Mouch, ou Le bond de mille ans, Paris, La Table ronde, 1979, et

Le testament d’un Berbère. Itinéraire spirituel et politique. Préface de Réné Rémond. Paris, Albatros, 1984.

PERVILLÉ (Guy), compte-rendu du Pont de Bereq’ Mouch, in Annuaire de l’Afrique du Nord, Editions du CNRS, 1980, pp. 1087-1088, 1982).

Cet article a été publié dans le bulletin Parcours, L’Algérie, les hommes et l’histoire, publié par l’Association de recherche pour un dictionnaire biographique de l’Algérie, n° 4, 2ème trimestre 1985, pp. 58-60                                    Samedi 05 mai 2007 

 

*1 Croix-de-Feu (Larousse), Organisation française d'anciens combattants, fondée en novembre 1927 par l'écrivain Maurice Hanot.

Les Croix-de-Feu prirent leur essor sous l'impulsion du lieutenant-colonel de La Rocque, vice-président en 1930, président en 1932. Leur idéologie, d'abord fondée sur la fraternité des tranchées, s'orienta vers ce que certains qualifient de nationalisme chrétien. Marquée par la ferveur catholique de son président, mais aussi par un anticommunisme et un antisocialisme militants, cette organisation reprit les thèmes de la droite conservatrice et exalta des valeurs militaires telles que l'ordre ou la solidarité, tout en s'inscrivant dans la légalité républicaine et en refusant toute violence. Elle participa à des parades et à des manifestations de masse, dont celle du6 février 1934. Assimilée par certains à un groupe fasciste, elle groupait environ 150 000 adhérents en 1934. Elle fut dissoute en 1936 et ses partisans se regroupèrent autour de La Rocque dans le parti social français (P.S.F.).

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