Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le Djurdjura est un massif montagneux qui s'étend de l'Est à l'Ouest en rempart naturel séparant les deux Kabylies, sur cinquante kilomètres de longueur et de un à quatre kilomètres de large. Les Romains l'appelèrent "Montus ferratus" : la montagne de fer sans doute à cause de sa couleur bleue métallique, que la montagne présente en certaines périodes de l'année ou aux gisements de fer existants dans la chaîne. Les Kabyles l'appellent "Djerdjer" .

Cette majestueuse petite chaîne montagne, est la fierté des kabyles, agglutinés sur les nombreuses collines au tour, dans plus de deux mille villages environ, d'où tous, peuvent voir la totalité ou une partie des nombreuses cimes, dont la plus élevée est "Lalla Khlidja", qui culmine à 2308 mètres d'altitude. La montagne du Djurdjura, est un lieu mystérieux propice aux légendes et aventures fantastiques, sa fréquentation ou son exploration, étaient réservées d'abord aux habitants immédiats, qui en tirent leur subsistance, connaissent et maîtrisent les nombreux dangers, puis aux autres, voyageurs intrépides ou redresseurs de tords, comme disait notre ami Mustapha Muller, qu'il repose en paix, en s'adressant à un groupe de randonneurs "vous devez protéger cette montagne, car elle vous a protégée, elle pourrait encore redresser les tords". Beaucoup de personnes sont morts en voulant l’explorer et plusieurs récits dramatiques de ceux qui ont tenté de défier "Tizi"= le col, le plus célèbre, est le cadavre de "Ighar temdhinte" = la grotte du macchabée", je parlerai dans un autre article, une autre fois.

Le Djurdjura n'est pas l'Himalaya, nous avons décidé de faire une randonnée en hiver, sans doute par ce que nous nous sommes lassés après des dizaines de randonnées effectuées durant les étés. Mohamed Ameziene, Lhoucine, Raveh, Mokrane et moi Mohamed avons décidé, six mois à l'avance, de partir le 11 janvier 1991 en souhaitant un temps le plus hivernal possible et de faire cette randonnée avec le minimum de moyens disponibles. Une semaine avant le jour "J", nous avons dressé la liste du matériel collectif et individuel, l'itinéraire et les horaires. La veille : dernière vérification du matériel ….C’est bon ! À quatorze heures après avoir embarqué notre matériel dans un véhicule de location, nous avons pris la direction de la montagne, située à une dizaine de kilomètres d'"At Yanni" = Beni-Yenni, au lieu dit "Tirkabine", endroit où la neige ne permet plus de continuer en véhicule. Nous commençons notre petit périple, chargés de nos sacs à dos et chaussés de bottes en plastique. Nous empruntons la route nationale qui passe par le versant sud-est en direction de Tizi Nkouilal, distant de quatre kilomètres environ. Nos bottes se remplissaient de neige, quand nous nous enfonçons dans celle ci, ramollie par son exposition au soleil. Nous avons décidé de nous arrêter et d'y passer la nuit au refuge de Tizi N'kouilal avant Tabbourt Tamellelt à 1600 mètres d'altitude, ce lieu est entretenu par les gardes forestiers du parc national du Djurdjura. Après avoir séché nos chaussettes et pris le dîner, place aux plaisanteries et aux histoires avant de dormir sur des matelas. Laissez-moi vous conter une de ces histoires :
voir l'article "La légende de la grotte des singes"


Nous nous sommes bien reposés et acclimatés pour entreprendre la suite de notre périple, direction la valléed'"Aswel". Tout le long de "Adrar Timesouin", jusqu'à "Thabourt Tamellat" = Azrou n Tlettat, dite aussi (la Main du juif), c'est vraiment une promenade. Un soleil radieux a d'abord pointé ses premiers rayons sur Lalla Khedidja, on découvre des vues extraordinaires, qui semblent sortir des images de calendrier. A partir du belvédère de la Main du Juif, la route, fait face à "Azrou n Tllettat" ne reçoit pas beaucoup de soleil, elle a totalement disparu sous deux à trois mètres de neige dure comme du roc. La température de ce coté de la montagne est négative et nos bottes glissent. Nous nous sommes attachés, les uns aux autres pour éviter des glissades dangereuses.

La caméra entre mes mains, je ne voulais pas rater une seule miette des difficultés de la progression et de la beauté du paysage. Je me débarrasse imprudemment de mon amarrage, qui me fausse le champ de visée. Alors que je tente de me déplacer légèrement sur la glace pour prendre un autre plan, je chute, et commence à glisser d'abord doucement, Rabah saute sur moi et réussit à m'agripper, pendant que le troisième encordé, Moh Améziene, trouve vite un point d'appui assez solide pour nous retenir et ne pas être entraîné avec nous. Dans ce cafouillage frénétique, Rabah oublie, qu'il est encordé ou peut être pense-t-il que nous dévalons tous, alors il lâche prise. Ma descente devient vertigineuse, le sac à dos passe au-dessus de ma tête, le ravin se trouve à une cinquantaine de mètres,... Je vois flou,... peut être ai-je perdu un œil ou reçu un coup sur la tête durant la chute, ... je chute de plus en plus vite encore,... je tente de m'agripper avec mes ongles,...je ne sens plus mes doigts... Je vois la fin arrivée rapidement et pourtant je pensais à tellement de choses que ces secondes m'ont parues des heures,... je me disais que c'est une mort idiote... Soudain , miracle ! je m'arrête net devant le précipice, là, ahuri, je commence à entendre les voix de mes camarades, qui me demandent comment ça va. Tout ça, s'est passé en silence ou n'ai-je pas entendu leur voix ? Je me tâte le visage en commençant par les yeux, puis le corps, rien de grave, je n'ai plus mes lunettes, c'est pour ça que je voyais flou. Derrière moi, les objets sorti de mon sac à dos, glissent dans ma trajectoire : la caméra, les lunettes et tout le reste, que je récupère un à un, ainsi que ma fameuse pipe. Ah ! Me dis-je "aujourd'hui j'ai failli casser ma pipe !!!", Plus de peur que de mal, avec beaucoup d'émotion nous continuions notre route, beaucoup plus prudemment vers le Boussouil.

Sur le chemin les singes ont laissé des traces sous forme de déjections, nous étions étonnés qu'ils aient consommé des figues sèches à cette période de l'année. Arrivés au sommet de cote, on domine toute la cuvette du Boussouil, on surprend le soleil se faufiler derrière les cimes altières pour se noyer timidement à l’horizon, ce qui rajoute à cette plaine un sentiment de solitude comme nous lui avons jamais connu, même pendants les nuits d’été orageuses. Pourtant bien familier de ces lieux, ils nous paraissent presque inconnu. Nous étions heureux d’être là pour vivre une nouvelle expérience dans un isolement le plus total, à 1740 mètres d’altitude et à moins cinq degrés centigrade. Curieuses ou agacées pour avoir troublé leurs quiétudes, des corneilles noires tournoient en formation au dessus de nos têtes, les échos de leurs ensorceleuses grisailleries de "tchaar-tchaars", s’estompent progressivement avec les dernières lueurs du jour. Une fois la tente igloo dressée sur la glace, bien serrés au tour du réchaud de camping, on fait honneur à "Tachebat" au lait, qu’on arrache littéralement au feu à cause du gel. Il n’est pas question de faire la vaisselle, tout est verglacé, même la source permanente au centre de la dépression est inaccessible. Il est très dangereux de s’éloigner du camp, on est au bord d’un entonnoir, un simple déséquilibre et c’est une inexorable glissade, qui conduit directement à 200 mètres de là vers le gouffre de 740 mètres de profondeur. Durant la nuit les chacals ne cessent de roder autour de notre camp en quête de nourriture fouillant même sous la doublure de la tente. Nous étions un peu inquiet au début, car on ne peut savoir jusqu’où pouvait aller leur audace. Au matin, comme à chaque fois, c’est toujours Mohamed Ameziene qui se lève le premier pour nous préparer le petit déjeuner et nous réveiller en tapant sur la casserole. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, perturbé par l’isolement, le froid, les chacals et l’événement de la veille.

 

Randonnées avec bivouac au Djudjura
Randonnées avec bivouac au Djudjura
Tag(s) : #Randonnées

Partager cet article