"Anou Ifflis" le Gouffre du léopard 1

Publié le par Mohamed Tabeche

Je vous ai déjà présenté Mohamed Elghazali Abrous, un des fondateurs du SCAY (Spéléologie Club Ath Yenni). Je l’ai persuadé de nous parler de l’exploration du célèbre gouffre du léopard dit, "Anou Ifflis". Par manque temps, il nous a promit de le faire par étapes. Voici donc la première partie par: Mohamed Elghazali Abrous

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Mohamed Elghazali Abrous.

Au soir du sixième jour du mois d'août de l'année 1986.

Le soleil s'inclinait déjà. Il étalait sa rougeur sur le Djurdjura réfléchissant la douce lumière d'un soir d'été sur la dépression d'Assouil qui, rougeoyant, donnait l'impression d'être un âtre flambant. L'ombre des monts  environnants, tout en assombrissant les couleurs éclatantes d'un été, s'étalait progressivement mais continuellement sur le tapis vert très rare en cette période des grandes canicules. Parallèlement à l'extinction progressive de la lumière du jour, la nuit s'installait. Ainsi, le Bassin d'Assouil plongeait dans les ténèbres. Les tentes illuminées de notre camp installé face au Grand Boussouil d'où se dégageait un courant froid rafraîchissant davantage l'air revigorant du Djurdjura, paraissaient comme des lanternes lumineuses éclairant les abords du camp autour duquel s'aventuraient parfois quelques bêtes venues à la quête d'un quelconque aliment. Un peu au loin, un veau beuglait. Il semblait rechercher sa mère. Puis, soudainement, il partit, presque au galop, rejoindre le troupeau.

 

A l'intérieur du camp, on commençait déjà à préparer le dîner. Mokrane, comme à l’accoutumer, supervisait la préparation du repas si bien même qu'il finisse toujours par ajouter du poivre à la sauce.  De temps à autre, il taquinait Otto qui  ne manquait jamais de raconter des histoires. Ses camarades le tournaient souvent à la dérision. Quant à lui, rien ne le gênait. Il semblait être content du rôle de bouffon qu'il jouait. Mais, il réussit à nous faire croire qu'il était capable de mener la plus grande expédition spéléologique au monde et que l'Iflis ne sera pour lui qu'une ballade estivale au coeur du pays kabyle. Entre temps, Rabah, Idir, Belkheir et moi-même préparions le matériel que nous devrions prendre avec nous le lendemain matin. Joseph et ses camarades, de leur part, nous parlaient des difficultés qu'ils avaient rencontrées lors de leur descente dans le gouffre.

 

Après le dîner, nous avions préparé du thé au tour duquel, nous avions discuté longuement sur ce que seront nos tâches et les précautions à prendre pour le lendemain matin. Vers une certaine heure avancée de la nuit, nous regagnâmes nos tentes pour nous reposer.

 

Jeudi, 07 août 1986 au petit matin.

 Je sursautais aux premiers cris stridents d’oiseaux semblables aux corbeaux, j’ai appris par la suite qu’il s’agit de corneilles. L'air frais me faisait un peu frémir. J'ai eu, quelque peu, de la peine à me lever. Le café était déjà près. La vapeur se dégageant de la cafetière se mêlait aux senteurs des plantes charriées par l'air frais de cette belle matinée estivale. Les bêtes, qui étaient la veille aux alentours,  sont parties bien loin. Elles étaient conduites par le berger à la première lueur du jour vers de nouveaux pâturages.

 

Quelques temps plus tard, les premiers rayons du soleil éclairaient les sommets des collines avoisinantes. A nous, nos façons de nous lever et à la nature, sa façon de se réveiller. J'apprécie grandement ces moments de sérénité de la nature, son silence nocturne et ses réveils diurnes.

 

Le camp, aussi, ne tarda pas à se mettre en branle. Le jour tant attendu était enfin arrivé. Nous étions tous contents, car c’était pour ce jour là, que nous nous sommes tant entraînés sur les parois du Boussouil. Que nous nous sommes tant exercés à évaluer nos capacités physiques et mentales. Pour nous, ce jour devait marquer un saut qualificatif en matière de spéléologie. Partir à l’assaut de l’Iflis était pour nous un défis qu’il faudrait relever coûte que coûte. Dans nos têtes, bouillonnait, déjà, l’idée d’être les tous premiers spéléologues algériens à avoir conquis un espace traditionnellement réservé aux seuls étrangers. L’esprit d’aventure et de découverte nous animait sans cesse. Pour nous, peu importait les sacrifices à consentir. L’essentiel était de faire partie d’une expédition internationale en vue d’explorer l’Anou Iflis.  

Par Mohamed Elghazali Abrous.

 

Suite ...

Publié dans Ifflis gouffre

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ABROUS 13/08/2011 15:34


Cher Otto,
Quel grand grand silence de votre part! Je suis très content d'apprendre que vous êtes toujours "sur la piste des spéléologues". Qu'en est-il des autres? A très bientôt.


Otto 13/08/2011 11:37


J'aimerais bien lire la suite de cette progression périlleuse.


abbas toumert 27/11/2010 01:15


Bonsoir,
Je vois que Mohamed a fait des émules et que les aventuriers du Djurdjura sont prêts à raconter leurs périples. Nous attendons avec intérêt le prochain épisode de cette aventure. Cela s'annonce
palpitant.

A bientôt