Je t'aimais, Kabylie, avec tes hautes cimes,
Tes rochers suspendus au-dessus des abîmes,
Tes forêts, tes ravins et tes âpres sentiers
Bordés de chênes verts, de frênes, d'oliviers.
Là, sur le roc pointu, défiant la tempête,
Les cèdres vigoureux lèvent bien haut la tête,
Et leurs vieux troncs battus par la foudre, les vents,
Résistent néanmoins depuis plus de mille ans.
Là, dans les trous profonds de la roche élevée,
Les aigles, les vautours élèvent leur couvée ;
Et les singes aussi, quand arrive l'hiver,
Comme de vieux rentiers vont s'y mettre à couvert,
Sur le bord des ravins creusés par l'avalanche,
Le tronc déraciné sur l'abîme se penche,
Tandis que remplissant la forêt de son bruit
Le torrent roule et gronde et le jour et la nuit.
J'aimais de Tirourda la haute et rude pente,
Ses gorges, ses tunnels, sa route qui serpente,
Ses énormes rochers croulant avec fracas,
Rencontrant d'autres blocs et volant en éclats.
Quand le soleil brillait dans le ciel sans nuages,
Quel effet merveilleux faisaient tous ces villages
Qui sur le haut des monts solidement assis,
Comme des châteaux-forts dominaient le pays...
Sous son vaste manteau de neige et de verdure,
Avec l'horizon bleu lui servant de ceinture,
La Grande Kabylie incontestablement
Est un âpre pays... mais un pays charmant.
J. DURAND (février 1953)
Sous le soleil azuré le Djurdjura se dresse
Et son ombre s’étend sur le pays Kabyle.
La brise du matin comme une fée caresse
Les vergers des coteaux et la plaine fertile
Mon pays bien-aimé chante dans l’allégresse
Ses oliviers noueux et ses figuiers graciles
Sur la crête des monts se déroule la tresse
Des villages coquets avec leurs toits de tuiles.
Tout le monde connaît les belles qualités
Du paysan tenace, de l’artisan habile
Vivant dans la vertu de la simplicité.
Dans la paix, le bonheur et la prospérité
Tu vivras, c’est le vœu de tes fils en exil
O terre des aïeux où nos cœurs sont restés
Hocine Benhamza (juin 1954)
Ttxilwat a ssyadi lεulama
Tawim abrid mi tessnem,
Eğet Rebbi di ccɣel-is
Ad yeg yes-s yesteḥsen
Netta d aḥnin d rraḥim
Lḥila yexzen yessen,
Yentaq Γars yiwen
Ayemma Xliğa Tukrift
Nusa-d anzur ar ɣur-m
Si lebaid i d nebda asurif
D ṭṭelba seg ygawawen
Γas ḥesbaɣ seg warraw-im
Akniwen ad teẓluḍ yiwen
Terra-asen-d
A Rebbi efk-d ameččim
A d iɣelli d alawen
Ad tergel tizi n Kwilal (Tamcumt)
D itsaken igawawen
Tamussni-nsen d aɣilif
Lemḥibba-nsen d asawen
Ma tebbim-d azal n sin
Ekert ad tezlum yiwen
Lexwan:
Yemma Xdija n tezruts, Tasedda deg safliwen;
Aqlagh n usa-d ar ghurem, D laxwan seg Gawawen;
Ma t'hemmeld-agh s tidets seg wul,
Zluyagh yiwen seg axfiwen.
Yemma Xdidja:
Awah a y adfel ewwet, Xas essu deg w aalawen,
Ergel tizi tamcumt, ansi i tekken Igawawen,
Lemhibba-nsen d tamessast, Tamusni-nsen d asawen,
Ma tebbwim-d azal n sin, aeddit a tezlum yiwen.
Kabylie
J’aime te voir parée d’amandiers fleuris
L’aube te recouvrant de sa robe rougeâtre
Visage d’enfant au berceau endormi
Eclairé par la chaude lueur de l’âtre
J’aime te voir parée de mille couleurs
Et de rosée du matin perlée
Tableau du maître dans sa splendeur
Que l’esthète seul sait apprécier
J’aime te voir drapée de blanc
Les jours froids de l’hiver
Lorsque ton ciel grisonnant
D’une douce pénombre caresse ta terre
J’aime m’abreuver à tes fontaines
Et humer l’air de tes matins
Lorsque mon cœur est en peine
Tu le consoles de ses chagrins
Même si mes matins se lèvent sans toi
Mon cœur ne t’a jamais quitté
Toute mon enfance ne fut que joie
Car c’était toi qui l’as bercée
Il ne saurait y avoir un ciel
A mes yeux, plus bleu que le tien
Et le sens du mot merveille
C’est de ta beauté que je le tiens
Sur tes monts je voudrais fermer les yeux
Lorsque viendra à s’achever ma vie
Et reposer mon corps sous tes cieux
Et à jamais rester en ta terre, Kabylie
Alger le 22-06-11
(Poème sans auteur, publié le 29/03/2020 par Rachid Nekmouche)


