La grande randonnée

Publié le par Moh Tabeche

Article Lghotti Nekmouche 

D’Est en Ouest, de Tirourda à Tala–Guilef, nous avons traversé la chaine du Djurdjura, un périple de 80 kms environ. Une randonnée de cinq jours avec des étapes d’inégales distances car conditionnées par les points d’eau. Chaque bivouac devait se faire à proximité d’une source pour nous permettre d’abreuver l’âne qui nous accompagne, de faire à manger, de laver la vaisselle, de remplir nos réserves d’eau et de faire un brin de toilette. Une stratégie toute simple mais ô combien efficace pour le bon déroulement de l’aventure. Cinq journées de marche et quatre bivouacs que je vais vous conter.

La vidéo

Départ d’At Yanni au petit matin, nous étions un groupe de 11 personnes. Gabriel le baudet est mis en fanfare dans une camionnette et nous tous dans un fourgon de transport de voyageurs, ce sont des véhicules de location. Le col de Tirourda nous accueille vers 9 heures. Très vite Gabriel est chargé, nos sacs sur le dos, le top départ est donné, rejoindre un refuge de bergers en amont du village d’At Ouabane ou nous sommes attendus, c’est le premier point d’eau d’une part et d’autre part ; il n’est pas question de s’enfoncer dans la forêt ou la nuit risque de nous surprendre et devenir des cibles malheureuses des militaires qui essaiment la région. La prudence veut que l’on bivouaque au niveau d’un endroit connu de tous. Il est 15 heures environ ; pause déjeuner avec “seksou d’ouftiyène“ qu’Abdellah a ramené dans ses bagages, un régal; Gabriel libéré de sa charge, s’abreuve abondamment à l’eau de source, il se roule parterre “ayetsgliliz“, il est heureux. Les tentes une fois installées, nous découvrons davantage ce refuge et ses environs. Il fait beau, la soirée est fraîche, nous nous laissons envelopper par le crépuscule et bientôt par une nuit étoilée. Un feu est allumé, le dîner servi, la soirée est fraîche, la veillée est longue. Au petit matin, un violent orage nous réveille, certaines tentes sont inondées. C’est le cafouillage. Impressionnant comment le temps est changeant en montagne, la météo est capricieuse. Je ne passerai pas sous silence la naissance d’un veau pendant la nuit.

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C’est le deuxième jour, une longue marche nous attend, il faut rejoindre Aswel, pour le prochain bivouac, la distance à parcourir avoisine la trentaine de kilomètres. Traverser la forêt d’At Ouavane, passer le col de Tizi n Koulal, dépasser Talettat pour atteindre Aswel. Ce trajet est l’un des plus beaux parcours du Djurdjura. Une fois passé la magnifique forêt de cèdres, nous longeons sur une longue distance Lalla Khelidja, Tamgut, sommet le plus haut du Djurdjura culminant à 2308 mètres d’altitude, pour enfin atteindre le col de Tizi n Koulal ou stationne actuellement un détachement de militaires, surpris de nous voir déboucher de la forêt supposée peu sûre pour le tourisme. Du col vers Aswel, nous rejoignons la « civilisation », route très fréquentée en cette journée de repos. Des visages connus nous saluent, des bravos fusent de toutes parts, des curieux s’arrêtent et nous questionnent. Toujours aimable et de bonne humeur, notre caravane répond à toutes les sollicitations. Un nouvel orage éclate aux environ de la main du juif “Talettat“, cette fois ci nous sommes prêts, les éclairs, le tonnerre et la puissante averse ne nous gênent point tout au contraire c’est un rafraîchissement, il fait chaud et nous transpirons après une si longue marche. Du reste du trajet à parcourir, nous n’avons pas vu grand-chose, l’orage était fort et le brouillard épais. Enfin, Aswel nous apparait sous un soleil resplendissant, je vous disais la météo est capricieuse en montagne. C’est là qu’une partie du groupe a arrêté l’aventure, elle nous a quittés dès notre arrivée. Je passerai sous silence « l’épisode Ouelhadj. Qui avec un 40° de fièvre est rentré chez lui le lendemain (dommage, ça sera pour une autre fois).C’est déjà le crépuscule, le camp est installé, les corvées d’eau et de bois finies, Malek est à la popote, nous nous offrons un moment de relaxation bien mérité. La nuit est fraîche, un grand feu est allumé, la veillée commence, que du bonheur. Nous avons reçu de la visite, des campeurs comme nous ou des bergers, surpris de nous voir là. C’est là que nous avons fait la connaissance de Jackson le chien, il n’a pas quitté notre camp de la nuit.

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C’est le troisième jour, nous ne sommes plus que sept personnes à continuer l’aventure. Il faut rejoindre Tighzert, nouveau point de bivouac, l’eau est abondante au niveau du chalet du CAF (ex Club Alpin Français). Jackson, le chien, tente l’aventure avec nous, il est des nôtres, il a veillé sur nous. La pause déjeuner est décidée au niveau du complexe touristique de Tikjda, nous profitons de l’électricité pour recharger nos batteries de téléphone et d’appareils photo. Il y a foule au complexe, nous sommes vite partis pour rejoindre avant la nuit, Tighzert distante de six kilomètres du complexe Un nouvel orage, des plus violents nous surprend à mi chemin ou un groupe d’amis nous rejoint, c’est sous une forte averse que nous échangeons les bises. Djamal, un ami de longue date et habitué des randonnées en notre compagnie, s’était préparé et s’est joint à notre caravane, nous sommes désormais huit personnes. Un autre ami devrait nous rejoindre au lac Agoulmime. L’orage est de plus en plus violent, la route est inondée, Gabriel donne des signes de fatigue, il a les jambes qui flageolent par à coup, est ce qu’il a froid ou fait il des crampes après tant de marche. Nous le secouant vigoureusement, il repart. La pluie est intense et elle semble vouloir durer, nous progressons tant bien que mal ; notre aventure allait elle se terminer avant terme ? Plus nous avançons, plus l’orage grossi, plus la route est inondée. Nous avançons en silence éloignés les uns des autres, que faire une fois à Tighzert, il est impossible d’installer les tentes tant l’inondation est impressionnante, ma décision est déjà prise, nous sommes venus chercher du plaisir et du bien être et nous sommes confrontés à une nature déchainée, avec tous les risques que cela suppose. Arrivés sur place, l’orage doublant d’intensité, après quelques conciliabules, Mohamed et moi, nous nous rendons au chalet du CAF, comme je l’ai déjà signalé, ma décision est prise j’allais louer cinq chambres pour nous extirper de cette apocalypse. Le bouquet, pour nous anéantir, le chalet est fermé, point de chambres à louer... Que faire ? Désespérés, mais encore battants, il faut trouver une solution, c’est à cet instant que le gérant du chalet, avant de rentrer chez lui, nous indique un refuge ou l’on pourrait passer la nuit, il est situé sur la colline d’en face. C’est relativement loin de l’endroit ou nous sommes, nous rejoignons l’endroit indiqué avec un espoir contenu. C’est Abdellah qui découvre le premier ce refuge, un havre de paix, un palace, propre et spacieux, nous sommes soulagés. L’orage faiblit, le ciel se dégage, les premières étoiles apparaissent, je vous le disais, la météo est capricieuse à la montagne. Une journée qui finit bien. Comme d’habitude, corvées d’eau et de bois, le refuge est nettoyé, la popote en route, un grand feu est allumé, on se sèche, la veillée est longue ponctuée de blagues, de rires, de fous rires, on a dormi très tard ce jour là, c’est peut être la meilleur soirée de notre périple. La montagne est belle.

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C’est le quatrième jour, il fait beau, la pluie de la veille a tout lavé, les paysages sont en haute définition, aucune brume ou poussière n’entrave le regard, le temps est clair et légèrement frais, idéal pour une bonne marche. Il nous faut rejoindre le lac distant d’une quinzaine de kilomètres. Je passe devant, je souhaite rejoindre le lac en trois heures de temps. Le long du parcours Tizi b Alma, Alma et autres pâturages des hauteurs d’At Ergane, de hautes montagnes dont le mont Ras Timedouine qui culmine à deux mille trois cent cinq mètres et enfin Tizi n Tsenant, col culminant à mille neuf cents mètres. Les images se bousculent, des souvenirs des randonnées précédentes dans la même région, j’en profite pleinement de tant de beauté, les paysages sont magnifiques ; je m’arrête, respire à pleins poumons, embrassant du regard cette nature tranquille que seul quelques vols de corbeaux dérangent. La Montagne est belle. Je reprends ma marche, du col de Tizi n Tsenant j’aperçois le reste du groupe très loin derrière moi, le lac m’apparaît au loin, je suis à une heure de marche de mon objectif, mon pari semble gagner, je diminue mon allure, me laisse rattraper par mes poursuivants immédiats. Nous faisons le reste du parcours ensemble, une descente bienfaisante jusqu’au lac. Vers treize heures tout le monde est sur place. Gabriel libéré de sa charge, est attaché à proximité d’une source ou l’herbe est haute et grasse, il mérite son repos, Jackson ne nous quitte plus, c’est un chien heureux maintenant. Nos sacs déposés, nous déjeunons avec appétit. il fait toujours beau, le soleil est encore haut, une brise fraiche balaye l’endroit. Le camp est vite installé et sieste pour tous, une relaxation qui nous fait du bien. Les taches habituelles accomplies, par petit groupe nous redécouvrant le lac que nous connaissons déjà, il est sec, point de rainettes, les petites grenouilles vertes, où sont-elles, peut être sous les rochers ou demeure un peu d’humidité ? Le fond du lac est mouillé par endroit ; est ce, le résultat des dernières précipitations ou une source souterraine qui commence à sourdre, c’est le moment. Un lac sec c’est un peu la désolation. La nuit est fraîche, très fraîche, n’oublions pas que le lac est mille sept cents mètres d’altitude. Très vite, nous rejoignons nos tentes et tombons dans les bras de Morphée. Jackson veille.

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Etape ultime, c’est le cinquième jour, Lac – Tala Guilef, c’est un parcours nouveau pour moi, je ne le connais point. Nous commençons le périple par l’escalade d’une pente raide ou Gabriel nous prouva toute son intelligence, deux heures de grimpette, nous quittons le lac pour aboutir de suite après ce long talus à un plateau magnifique, surplombant le lac. Nous rentrons de plein pied dans la région de Haïzer, le berger rencontré à ce niveau est Haïzari. Agréable, il accepte volontiers la discussion et quelques chocolats, il connait très bien la région et nous indique le meilleur chemin pour Tala–Guilef et l’emplacement des sources. La région est belle faite de plats et de pentes douces. Nous atteignons un premier pâturage puis un second ressemblants étrangement à Aswel, bordés au sud par la montagne de Haïzer ou culmine à plus de deux mille mètres «la dent du lion » visible de loin. Nous sommes derrière la montagne de Haïzer. La vue est très belle car le relief de ces monts est escarpé et accidenté, c’est presque comme la vue du Djurdjura de la région des Ouacif, on ne se lasse pas d’admirer ces dépressions surplombées par cette majestueuse montagne. Je découvre et j’apprécie. Juste après le second pâturage nous apparaît les télésièges menant à la station de ski du complexe touristique. Nous surplombons Tala- Guilef et sa forêt. Un bref déjeuner est servi et nous entamons une descente vertigineuse vers le complexe, encore une fois Gabriel nous prouva toute son intelligence. Nous sommes en milieu d’après midi, il faut faire vite, traverser le complexe, zone militaire interdite aux civils, avant la tombée de la nuit ou toutes les bavures sont possibles, être pris pour cibles par exemple. Nous abordons la vaste forêt de Tala–Guilef par l’arrière, nous nous positionnons au milieu de la route, marchons groupés, faisons le plus de bruit possible pour nous faire repérer, c’est Gabriel qui ouvre la marche. La rencontre avec les militaires n’a pas tardé. Questionnés avec méfiance, fouillés avec minutie, papiers d’identité réclamés, l’atmosphère était tendue. Petit à petit la discussion devient conviviale, l’atmosphère se détend, Ils nous félicitent pour le périple accompli, nous accompagnent jusqu’à la barrière, limite de la zone militaire et nous laissent partir en nous recommandant d’avoir une autorisation la prochaine fois. Loin de tous ces tracas, nous entamons la descente vers Boghni, c’est de nouveau la « civilisation » avec toute la curiosité des gens, qui sommes nous ? D’où venons-nous ? que nous ont-ils dit, les militaires? Où allons-nous ? etc…. Les véhicules qui doivent nous récupérer ont démarré de Béni Yenni. Jackson est confié à de nouveaux maitres, qui nous l’espérons seront bons pour lui. Ainsi s’achève cette grande randonnée.

Bravo à tous les participants.

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Publié dans Randonnées, L.Nekmouche

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