Aït Ouabane "At Uaban"

Publié le par Med Tabeche

 

Le village d’Aït Ouabane "At Uaban" se situe dans le massif du Djurdjura, à une altitude qui dépasse les 900 mètres. Il est entouré de sommets montagneux de plus de 1600 mètres. Seul le coté Ouest permet d’y accéder. En forme de cuvette, le village peuplé d’environ 4 000 âmes, est surplombé d’une forêt primitive d’une vingtaine de kilomètres de long. Celle – ci est traversée par la route nationale N 33, qui relie le col de Tirourda au col de Tizi Nkouilal, en "26km", (aujourd’hui impraticable, souhaitons qu’elle le restera dans l’intérêt du village, de la forêt et de ses nombreuses et riches flore et faune).

Cette forêt primitive, dénommée, forêt d’Ait Ouabane est une source inestimable de richesse et de biodiversité. Même à  petite échelle, elle joue un rôle écologique très important. Jugeons en :

·         Elle fixe des  quantités de carbone, grâce à la photosynthèse et libère  de l’oxygène.

·         Par évapotranspiration des feuilles, échange avec l’atmosphère des quantités importantes d’eau.

·         Elle constitue un habitat idéal pour les nombreuses espèces animales et végétales.

·         Elle sert de bouclier de protection au village contre les éboulements, les avalanches et les glissements de terrain.

·         Les racines des arbres stockent et ralentissent l’eau souterraine dont une  partie est libéré en aval.

·         Climatiseur naturel. Sans la forêt, pas de village.

Ce bassin versant de 200 hectares environ, collecte les eaux de pluie et de nivale et probablement une partie des eaux des gouffres du Djurdjura, qui constituent la source   d’Assif El Hemmam. Une partie de cette eau est canalisée, puis repartie judicieusement et équitablement dans le village pour les besoins domestiques, une autre partie est drainée au début de chaque printemps, pour l’irrigation de multitudes parcelles de terre autour du village où on y fait pousser une variété de légumes et de fruits naturels aux goûts exquis, de renommée régionale, comme le piment "Ifelfel Awabane" ou la cerise tardive, sans oublier les figues que les villageois se disputent avec le singe magot.

Apres utilisation, l’eau retourne dans la rivière, pour alimenter d’abord, la conduite renforcée qui fait tourner la turbine de la centrale hydro-électrique de Djemaa, depuis 1945, puis serpente en bas des hautes collines peuplées qui lui rajoutent leurs eaux de rejets qui rempliront le barrage de "Taksebt". 

  La situation géographique, avec un relief particulier du village placé au centre de la cuvette, crée un décalage des saisons avec un micro climat perceptible en comparaison avec les villages voisins.  

Les premiers hommes qui ont construit leurs habitations de part et d’autre de la rivière, vivaient en harmonie et en symbiose avec l’environnement malgré son hostilité. A cette époque, il y avait des félins, des carnassiers et les légendes vivaces de "Teriel , Uagzen" et "Bereq’Mouch". Les signes de connaissance, du respect de la nature et du savoir faire des villageois s’observent encore de nos jours, par exemple :

·         L’alternance des zones de pâturage, d’une année à l’autre pour permettre à la flore de se régénérer.

·         Le rituel de la remise en état des digues d’irrigation au printemps berbère "tiririt n tregua", associé à des cérémonies culturelles qui visent à entretenir les liens entres les villageois de tous le pays et même de l’émigration.

Cependant le village n’est pas en marge des conséquences des produits de la "modernité" et de la "civilisation" : les emballages en plastique, en verre et en aluminium jonchent les sols ; des rejets dans la rivière de produits dangereux  et l’abattage des arbres de la forêt. Une nouvelle génération est née : une jeunesse formidable qui a pris conscience de la richesse du paradis où elle vit, s’organise maintenant pour défendre le village et son environnement "Nous n’avons pas de village et de pays de rechange, celui qui agresse notre forêt, nous agresse, agresse notre village, à chaque fois qu’on coupe un arbre de notre forêt, c’est une pierre qu’on arrache des fondations de nos maisons, nous nous battrons bec et ongle pour protéger et préserver cette richesse pour nous et pour les générations futures".  

Avec la collaboration de: A.Toumert & C.Ouidir, par M.Tabèche Août 2010

 

At Oubane vu du ciel-copie-1

 

Publié dans At Ouabane (village)

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