Parc National du Djurdjura.

Publié le par mohamed Tabèche

Article dans El Watan du Samedi 12 juin 2010, p19. Par : Lyazid Khaber.

E N V I R O N N E M E N T.

 

 

Nécessité de la maîtrise des connaissances sur la biodiversité.

Le parc est sujet à de nombreux maux Il faut prendre en charge le milieu environnant.

La maîtrise des connaissances sur la biodiversité, les milieux naturels, l'éducation environnementale du public et l'éco-développement est désormais le maître-mot de la nouvelle stratégie de réadaptation du Parc national du Djurdjura. Le tout dernier plan de gestion de cet organisme public créé par décret présidentiel n°83-460 du 23 juillet 1983, et couvrant une superficie de 18 550 hectares dont 10 340 ha, tiennent compte de la nouvelle donne qui fait que l'objectif le plus recherché est de s'atteler à «la maîtrise du foncier et la révision des connaissances des milieux naturels que recèle le Djurdjura. » Ce sont là deux atouts majeurs pour la gestion de cet espace naturel classé réserve naturelle et intégré dans le réseau mondial des réserves de biosphère (MAB), il y a de cela plusieurs années. Selon les responsables du Parc, cette nouvelle stratégie «permettra certainement d'aplanir le climat de tension qui prévaut dans ses rapports avec la sphère environnante, et sûrement de dépasser à jamais l'attitude défensive développée par les responsables du Parc, face à la situation d'incommunication avec ses partenaires.»

 

L’incommunication à l'origine du déficit de prise en charge.

L’incommunication, existe certes, puisque l'on a pu relever une sorte de logique conflictuelle s'installer dans les rapports du Parc avec les autres institutions impliquées dans la gestion de l'espace. La divergence de visions, qui oppose souvent les responsables du PND (Parc national du Djurdjura) à ceux des communes environnantes et même à ceux des différents secteurs d'activité appelés à intervenir sur le territoire de la réserve, amplifie cette incompréhension dont les conséquences s'avèrent, dans certains cas, contraires aux objectifs même d'un développement harmonieux alliant les objectifs économiques, sociaux et de protection de l'environnement et de la biosphère. D'ailleurs, les rédacteurs du plan de gestion pour 2010 - 2014 précisent que «Cette réorientation n'est pas une intention affichée de délaisser complètement l'apport au développement des régions mitoyennes», avant d'ajouter que «ce volet sera relégué graduellement pour être pris en charge dans le cadre du programme national de développement des zones rurales.» En effet, l'harmonisation des actions d'intervention des différents services impliqués dans la gestion de ces aires trouve bien son aboutissement dans le programme du renouveau rural chapeauté par le ministère de l'Agriculture et du Développement rural. La toute dernière mouture des projets de développement dans sa variante de projets de proximité de développement rural intégré (PPDRI) prend en compte cette approche d'intégration des milieux environnants du Parc dans la gestion et la protection du milieu naturel.

 

Eco-développement et maîtrise du foncier.

Ainsi, la maîtrise du foncier et l'aménagement du territoire dans ces zones spécifiques seront assujettis à des règles en relation étroite avec les objectifs stratégiques de l'éco-développement. Ainsi donc, la gestion durable de cette aire protégée passe obligatoirement par une prise en charge réelle des préoccupations des populations riveraines. Ces dernières, dont l'apport n'est pas du tout négligeable de par leur importance, impliquent aussi des effets dégradants à même de compromettre les objectifs de développement durable et de la maîtrise parfaite de l'occupation du territoire par ces populations de plus en plus denses en milieu de montagne. En effet, le Parc national du Djurdjura, qui s'étend sur une superficie estimée à 18 550 ha, se trouve entouré par 68 villages dont la population est estimée à pas moins de 80 000 habitants. Dans certaines régions, notamment du côté de la wilaya de Tizi Ouzou (partie nord) l'on enregistre une densité supérieure à la norme moyenne nationale, qui est de l'ordre de 786 habitants au Km2. Ainsi, faut-il noter que ces populations puisent leurs ressources de vie essentiellement de l'aire protégée. Ce qui s'ajoute aux autres activités humaines dont les conséquences sur l'environnement immédiat sont parfois désastreuses et irrémédiables. C'est pour cette raison, d'ailleurs, qu'un effort conséquent est consacré par les gestionnaires de l'aire protégée pour améliorer le cadre de vie de ces populations. Certes, les différents plans de développement des zones rurales ont permis, selon même les responsables du Parc, de réduire la pression sur les milieux naturels et d'instaurer un partenariat avec les différents intervenants (populations riveraines, collectivités locales) dans la gestion de l'aire protégée, mais des réticences demeurent encore de mise. D'abord, il y a la crise économique et la pauvreté que subit la région montagneuse de la Kabylie d'une part et d’autre part la réticence de certains responsables municipaux qui continuent à considérer le Parc comme un organisme spoliateur. Il y a souvent aussi l'opposition entretenue entre les objectifs de protection de la biosphère et ceux économiques des institutions publiques concernées. C'est ainsi que toute opposition du Parc quant à la réalisation de certains projets (routes, barrages, carrières, captage d'eaux souterraines…) dont l'impact est désastreux pour la nature et les espèces qui y vivent, est perçu comme une volonté de blocage.

 

Nécessité de pérennisation du capital naturel.

Dans d'autres cas, certaines autorités, exerçant leurs pouvoirs régaliens, ne prennent même pas la mesure de consulter les responsables chargés de la gestion de l'aire protégée. D'où les dysfonctionnements apparues dans cette dernière et les atteintes gravissimes au milieu naturel relevées dans plusieurs endroits. Pourtant, toutes ces actions dites de développement sont en violation des lois et des règlements en vigueur. A titre indicatif, citons le texte de la loi n°03-10 du 19 juillet relative à la protection de l'environnement dans le cadre du développement durable.

Celle-là même qui fixe les méthodes et les domaines d'intervention en adéquation avec les objectifs de protection de l'environnement. Ce sont là aussi les objectifs réitérés dans le cadre du tout nouveau Schéma national d'aménagement du territoire (SNAT) récemment soumis à l'adoption par l'APN. Dans le texte de l'avant-projet du SNAT, il est d'ailleurs mentionné qu' «il apparaît de manière particulièrement aiguë que l'économie ne peut se développer en portant atteinte à l'environnement et aux ressources, pas plus que la préservation des patrimoines et des écosystèmes ne peut s'abstraire des opportunités et des contraintes de valorisation économiques. » Ainsi et autant que les objectifs tracés par le plan de gestion du PND, le SNAT confirme la nécessité d'assurer la pérennité du capital naturel «afin de le transmettre aux générations futures et de ne pas compromettre leurs capacités à en bénéficier», une finalité qui trouvera son aboutissement dans la valorisation économique et sociale dans le cadre d'une politique de développement local durable.

Lyazid Khaber.

 

 

Eclairage.

 

Unités écologiques du Djurdjura :

Le Djurdjura compte onze unités écologiques ayant été déterminées en fonction de leurs caractéristiques physiques et biologiques. Ce sont là des subdivisions naturelles plus ou moins homogènes de par leurs caractères physiques (nature du substrat, forme de relief, altitude) et biologique (couvert végétal, faune, etc.) parmi les plus importantes unités écologiques et autres groupements de végétaux, on cite, à titre d'exemple, la cédraie de Tala Guilef (Boghni), celle de Tikjda (El Esnam) ou encore la Chênaie verte des Aït Ouabane, constitués de généralement de peuplement pur en altitude et en mélange avec d'autres espèces en aval, à l'instar de l'érable de Montpellier, l'érable napolitain, chêne vert et chêne zen.

L.K.

 

Tissu floral :

Le tissu floral du Djurdjura est tellement varié et diversifié qu'il en compte plusieurs espèces en adaptation avec la diversité climatique qui le caractérise. Ce dernier est, selon les différentes études effectuées, constitué par près de quelque 1242 espèces végétales regroupées en 84 familles. L'inventaire de ces espèces, dont au moins 140 sont rares ou menacées, ressort quelque 1100 espèces de spermaphytes (plantes qui produisent des graines) dont au moins 111 espèces médicinales. Ce à quoi s'ajoutent quelque 90 espèces de champignons et 52 autres de lichens.

Ces différentes espèces sont réparties sur 4 stations principales, à savoir la station à Laurus nobilis (laurier noble) de Tala Guilef, la station à Acer (érables de Montpellier et napolitain) aux Aït Ouabane ; la station à Pinus nigra mauritanica (pin noir) à Tikjda et en fin la station à Juneperus sabina (genévrier sabine) à l'Akouker et Issig.

L.K.

 

Faune :

En dépit des différentes recherches et inventaires faits jusque-là, la faune du Djurdjura demeure méconnue. Les éléments actuellement disponibles font état de l'existence de près de 398 espèces animales, dont 30 espèces de mammifères, 121 espèces d'oiseaux, 17 espèces de reptiles, 5 espèces d'amphibiens, 4 espèces de myriapodes (dont le corps est formé d'une tête suivie d'un grand nombre d'anneaux qui se ressemblent, ex : mille-pattes), 3 espèces de mollusques (invertébrés, ex : la limace) et enfin 218 espèces d'insectes. A noter que cette variété ne manque pas de contenir quelques curiosités qu'on ne trouve nullement ailleurs. Il s'agit, à titre d'exemple, de l'existence de 12 espèces de chauves-souris dont une, la Barbastelle, qui n'est connue que dans le Djurdjura.

L.K.

 

Les causes de la dégradation :

Certains actes d'agression contre la nature tendent à se généraliser au niveau du Djurdjura. Les différentes études effectuées ressortent un certain nombre d'atteintes ayant contribué grandement à façonner l'aspect naturel de ces contrées. Il s'agit entre autres, de facteur d'origine naturelle (érosions) et anthropique (humaine), dont on cite les défrichements, les incendies, le surpâturage et la surfréquentation des réserves naturelles par les humains. En plus de cette intense activité, le territoire est fortement mis à contribution par l'exploitation anarchique des ressources naturelles du Djurdjura par les riverains ; car dans leur fort intérieur, ils sont convaincus que le Parc est un organisme spoliateur de leur montagne. Ce à quoi s'ajoute l'activité touristique considérée des plus intenses notamment avec l'installation en plein coeur de la réserve  biosphère de structures touristiques, dont certaines sont érigées dans l'ignorance totale des normes de construction en milieu naturel.

L.K.

Sources : Parc national du Djurdjura.

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