Yennayer - Nouvel an amazigh-berbère

Publié le par Boussad Berrichi

     « On a vu chez les Berbères tellement de choses hors du commun, des faits tellement admirables, qu’il est impossible de méconnaître le grand soin que Dieu a eu de cette nation», écrit très justement le grand historien-sociologue Ibn Khaldoun dans ses trois volumes « Histoire des Berbères ».

 

       L’histoire d’un peuple ne se limite pas à une période événementielle. Chaque civilisation ou culture a parmi ses composantes des facteurs d’ordres cosmique et mythologique… intimement mêlés, qui aboutissent à une vision originale du monde et de l’homme. On dit qu’« un peuple sans mémoire est un peuple mort ». Les chercheurs disent que célébrer des dates, des événements et développer des discours sur leur propre histoire commune est très important pour l’évolution culturelle et civilisationnelle d’un peuple. Or, qu’en est-il du (des) peuple(s) de l’Afrique du Nord à propos de la célébration de Yennayer Nouvel An amazigh (berbère) ? Qu’est-ce que Yennayer? Quelle est son origine et comment est-il fêté par les Amazighs (Berbères) d’Afrique du nord, mais aussi des amazighs à travers le monde ?

 

       Les Amazighs n’ont que rarement pris l’initiative d’écrire leur propre histoire sous les différentes occupations et colonisation jusqu’à l’époque moderne, ce qui pose des problèmes pour les historiens sur certains « faits historiques ». La société amazighe d’Afrique du Nord, tantôt de tradition orale et parfois écrite jusqu’à la moitié du XIIIe siècle, ne nous donne que ce qui est récité sous forme de poèmes, de dictons, et même de contes et de légendes… Ce qui constitue une littérature orale très développée, mais entraîne aussi une fragilité des repères historiques. L’histoire de l’Afrique du Nord est écrite par des envahisseurs (colonisateurs), à l’exception de quelques écrits, dont ceux du grand sociologue et hsitorien Ibn Khaldoun à partir du XIVe siècle. Cependant, aujourd’hui, les Imazighen (Berbères) écrivent leur propre histoire et fixent par diverses graphies (berbères, latines…) tout ce qui est voué à la disparition. Mais, que disent les historiens à propos de l’origine de Yennayer (Nouvel An) chez les peuples d’Afrique du Nord ?

 

       Certains historiens nous apprennent que l’Afrique du Nord est entrée dans « l’histoire écrite » avec l’apparition des Phéniciens sur ses rivages, c’est-à-dire à la fin XIIe siècle avant J.-C. Cependant, d’autres disent, tel Victor Piquet, que « les Libyens avaient, dès le XIVe siècle avant J.-C., une civilisation et une industrie. Ils avaient déjà des rois héréditaires et avaient conclu avec les peuples des îles, avec les Tyrrhéniens en particulier, des alliances profitables». Or, les rapports entre le monde libyen (amazigh) et le monde pharaonique (de l’ancienne Égypte) semblent remonter à la première dynastie Thinice, aux environs de 3300 av. J.-C. Au temps de la XIXe dynastie, sous le règne en particulier de Ménoptah, vers 1232-1224 av. J.-C., les Pharaons repoussèrent une attaque des Lybiens (Berbères) auxquels s’étaient associés les «peuples de la mer ». En effet, la ténacité des Amazighs finit par venir à bout de la résistance égyptienne, puisqu’en 950 av. J.-C., le roi amazigh Chechnaq 1er s’empara du Delta du Nil et fonda la XXIIe dynastie libyenne-berbère. Il y avait une situation conflictuelle à la frontière est de la Libye; c’est la deuxième hypothèse. À chaque guerre entre les Amazighs et les Pharaons, les tribus berbères de l’Est réussirent à vaincre l’armée égyptienne (de l’époque) et à s’installer sur son territoire (ce qui explique les caractères libyco-berbère dans certaines pyramides en Égypte). Après les dures épreuves que les deux peuples ont subies (des guerres sanglantes), ils décidèrent de mettre fin à ces conflits. On dit que depuis, les Amazighs ont fixé leur propre jalon historique, et l’année 950 av. J.-C. est choisie comme référence, c’est-à-dire que l’année 2012 correspond à l’année 2962 de l’ère amazighe (berbère).

 

         À ce jour, Yennayer est célébré en Afrique du Nord (aussi par les communautés amazighes a travers le monde) entre le 11 et le 13 janvier.

 

       Enfin, Yennayer : une date, un symbole, une tradition, une histoire, une identité, une fête, un repère et une mémoire pour les Amazighs. Depuis Chechnaq, Yennayer est fêté avec la même ambiance et la même ferveur.

Yennayer, qui se dit aussi, en langue tamazight, « Tabbwurt Useggwas » (la porte de l’année), Amenzu n Yennayer est le premier janvier chez les Amazighs. Yennayer ou Nnayer, qui coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien, est célébré partout en Algérie, au Maroc en Tunisie, en Libye, aux Iles Canaries, différemment, mais aussi par les diasporas amazighes dans le monde dont celle au Québec.

 

       Aujourd’hui, qu’en est-il de son officialisation comme date commémorative « nationale » en Afrique du Nord, au même titre que les autres fêtes dites « légales » ?    

                                                        Boussad Berrichi en 2012

 

À toutes et à tous, «assegwas ameggaz, aseggwas n talwit d usirem – Une bonne année, une année de paix et d’espoir».

 

 

2009 2959

 

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Publié dans Nouvel an & Yennayer

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